‹ Les institutions d'AthènesChapitre 247 sur 335 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

jeunesse. Athènes, qui faisait une si large place aux choses de l'esprit, et que la nature avait si admirablement douée, ne pouvait rester en arrière. Sans doute, Xénophon a dit dans un traité où l'injustice abonde tellement qu'on a essayé d'en contester l'authenticité : (c Ici encore la gymnastique et la musique sont proscrites par le peuple , qui s'imagine que ce n'est pas beau, et qui se sent incapable de s'y appliquer (1); » mais des témoignages nombreux démentent cette étrange assertion. Sans doute, Athènes ne subordonna pas tout, comme Sparte, au développement du corps, mais elle ne le négligea pas. Si la guerre n'était pas la première de ses préoccupations, elle ne la préparait pas avec moins de sollicitude.

Socrate recommandait les exercices gymnastiques. « 11 est utile, dit-il (2), que le corps soit constitué le mieux possible. Il y a plus; dans les fonctions même oii tu crois qu'il a le moins de part, je veux dire celles de l'intelligence, qui ne sait que la pensée commet souvent de grandes fautes parce que le corps est mal disposé? »

Quant à la musique qui n'était pas bornée aux instruments et à la voix, les Athéniens lui donnèrent la place que réclamait Platon (3).

On ne s'expliquerait ni la pénétration de l'esprit, ni la délicatesse du goût, ni la profondeur de la politique, ni les victoires des Athéniens, si la vie morale,

(1) Gouvernement des Athéniens , I. Ce traité fait peu d'honneur au caractère de Xénophon. Quelque nombreux et graves que fussent les torts des Athéniens, il ne convenait pas à un philosophe, à un disciple de Socrate , de se venger de l'injustice par l'injustice.

(2) XÉNOPnoN, Mémoires sur Socrate, III, 82. Traduction Talbot.

(3) Lois, VII.

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les facultés intellectuelles et les forces du corps n'avaient été soumises à une vigoureuse discipline.

Une inscription récemment découverte prouve que les dèmes de l'Attique n'étaient pas moins préoccupés que la ville elle-même de cette importante question. C'est un témoignage en faveur de Derkilos, d'Eleusis, pour avoir veillé à l'instruction des enfants (1).

Socrate enseignait publiquement, les philosophes avaient leurs écoles, et des maîtres en grand nombre réunissaient des enfants et des jeunes gens pour les instruire et les préparer à leurs devoirs de citoyens. L'éducation ne durait pas, comme à Sparte, toute la vie, mais elle tenait une place en rapport avec ce qu'on en attendait.

On ferait sans doute beaucoup d'honneur à Athènes, si on lui attribuait le plan d'éducation tracé par Socrate. Le philosophe voulait, par les moyens que fait connaître Xénophon , améliorer ce qui existait et suppléer à ce qui manquait. On est donc sûr de retrouver, dans le tableau que trace Xénophon (2), un grand nombre de traits de la vérité, même s'il a poursuivi un idéal plutôt que reproduit une réalité.

Après avoir montré comment, par son exemple, plus encore que par sa parole, Socrate enseignait la tempérance, la piété, le respect des lois, la simplicité, le désintéressement, la justice, l'amour de la patrie, en un mot, la vertu, il signale la double direction de ses préoccupations. « Si l'on ne s'exerce point le

(1) "Otiw? av of Ttaîoe? Traiôs'jwvtai oi ev tw ôt,[j,(o. Bulletin de la correspondance hellénique, juin 1879. Derkilos avait été stratège et l'un des dix ambassadeurs envoyés à Ptiilippe.

(2) Mémoires sur Socrate, passim.

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