CHAPITRE IX
corps, on devient impropre aux œuvres du corps, et de même, si l'on ne s'exerce point l'âme, on devient incapable des œuvres de l'âme, on ne peut, ni faire ce qu'on doit, ni s'abstenir de ce qu'on ne doit point faire (1). » Tout ce que nous savons de lui par Platon et par Xénophon, prouve qu'il s^cfforçait, dans ses enseignements, de donner à l'esprit et au corps ce qu'ils ont droit de réclamer.
C'est ce que faisait Athènes.
2. L'enfant né dans de bonnes conditions, et qui paraissait robuste, était l'objet des plus tendres soins, tandis que celui dont la santé faible et le corps contrefait n'assuraient point à la patrie un citoyen utile, disparaissait, sans provoquer ni hésitation , ni pitié.
Le cinquième ou le sixième jour, la nourrice portait le nouveau-né autour du foyer allumé, centre de la famille, et le dixième jour, il recevait de son père un nom, celui du grand-père ou de la grand'mère.
Après des sacrifices à Héré, déesse protectrice de la famille, à Ilithyia, déesse de la naissance, un repas, d'un caractère symbolique et religieux, réunissait les parents qui portaient leurs cadeaux à la mère et à l'enfant.
Il restait dès lors sous la direction de sa mère, d'une nourrice ou d'une garde. A six ans, les garçons et les filles qui n'avaient pas été encore séparés, recevaient une éducation spéciale, proportionnée à leurs forces et à leur rôle futur dans la société. La fille ne quittait pas sa mère et le fils était remis à un pédagogue.
(1) Mémoires de Socrate, I, 2.
Ces représentants de l'autorité paternelle, ces remplaçants de sa tendresse étaient habituellement des serviteurs dont on avait éprouvé la prudence et le dévouement. Ils enseignaient aux enfants tous les devoirs de la politesse et les conduisaient aux écoles où ils apprenaient à lire.
L'État n'intervenait pas dans l'instruction. Il laissait au père le soin de veillersur l'avenir de ses enfants, et s'en rapportait à son affection éclairée, en respectant ses droits. Il y avait des écoles publiques tenues par des maîtres dont la capacité et la moralité déterminaient ceux à qui le devoir et l'intérêt interdisaient comme un malheur ou un crime, de confier l'âme de leurs enfants à des incapables ou à des indignes.
Platon est d'un autre avis (1) : a Les parents, dit-il, ne doivent pas être libres d'envoyer ou de ne pas envoyer leurs enfants chez les maîtres que la cité a choisis, car les enfants sont moins à leurs parents qu'à la cité. »
C'était une conséquence de son système. Mais du moins il donnait à la famille les garanties que sa tendresse pouvait désirer. L'éducation religieuse était l'objet d'une attention toute spéciale, et la cité ne permettait pas qu'on en donnât une autre. On enseignait aux enfantsles chants religieux, les hymnes, les danses sacrées, tout ce qui pouvait être agréable aux dieux.
La disposition d'Athènes laissant au père de famille une entière liberté est d'autant plus remarquable que la main de l'État se montrait partout. Mais la volonté de faire concourir toutes les forces
(i) Lois, vu.