‹ Les institutions d'AthènesChapitre 249 sur 335 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

individuelles au bien commun n'a jamais engagé les Athéniens dans la voie étroite où restèrent enfermés les Spartiates. La politique d'Athènes n'avait rien de cette rigidité inflexible qui ne tient compte ni des sentiments de la nature, ni des droits légitimes. Elle connaissait la dignité du père, savait les devoirs qui en résultent, et ne pouvait croire que le gardien et le guide naturel de ses enfants ne sût pas mieux que l'État ce qui leur convient, et ne veillât pas avec plus de succès à les en faire profiter.

Une seule fois, Athènes resta infidèle à cette sage réserve. «Lorsque Critias fut nommé un des Trente, dit Xénophon (1), et nomothète avec Chariclès, il garda rancune à Socrate, et défendit par une loi d'enseigner l'art de la parole. » Pour qu'Athènes oubliât à ce point les principes qui jusqu'alors l'avaient dirigée, il fallut l'avènement d'une tyrannie sanglante, et la volonté d'imposer silence à cette voix qui trouble, alors même qu'on l'étoufife, parce que c'est celle de la vérité et du droit.

L'autorité du pédagogue se maintenait jusqu'à ce que l'enfant eût seize ans. Il apprenait sous cette direction, le dessin, la grammaire, la musique, la gymnastique.

« On peut comprendre sous deux noms généraux, dit Platon (i), tous les exercices propres de la jeunesse ; sous celui de gymnastique ceux qui ont pour but de former le corps, et sous celui de musique ceux qui tendent à former l'âme. » Après avoir développé ce qui convient à chacun de ces arts, le phi-

(1) Mémoires sur Socrate, I, 2.

(2) Lois, VII.

losophe recommande les jeux « de qui les lois dépendent plus que de tout le reste, » et insiste sur la nécessité de n'y pas introduire de changement. Tout changement conduit « imperceptiblement la jeunesse à prendre d'autres mœurs, à m.épriserce qui est ancien, à faire cas de ce qui est nouveau. »

L'enfance est logique, et si ses jeux ne subissaient point de changement, elle devait en conclure que le changement ne convenait pas davantage au gouvernement de l'État. La tradition avait une grande autorité. Elle commandait un respect pieux pour les ancêtres et on aurait cru les outrager en rejetant, sans de graves motifs, ce qui venait d'eux. Il fallait de nombreuses formalités pour changer une loi, et le passé, sans s^imposer au présent, conservait l'autorité qui s'attache toujours à ce qui a la consécration du temps. Voilà pourquoi, malgré la mobilité de l'esprit athénien , les révolutions politiques n'ont eu qu'une action restreinte sur les mœurs.

L'obéissance qu'Aristote demande au citoyen était le premier fruit de l'éducation d'Athènes. « Le citoyen, dit-il (1), doit posséder l'un et l'autre talent de savoir tantôt jouir de l'autorité, et tantôt se résigner à Tobéissance. » Que deviendrait un État où l'obéissance ne serait pas enseignée dès la jeunesse, et pratiquée pendant toute la vie? Que serait une société où tout le monde commanderait? « La seule et véritable école du commandement, a dit encore Aristote (2), c'est l'obéissance. A cette école se sont formés les hommes qui, par leurs talents, leurs ser-

(1) Politique, III, 2, 7. Traduction Barthélémy Saint-Hilaire.

(2) Politique, lll, 2, 9.

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