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CHAPITRE I

Suivant leur proverbe, « ils blanchissaient les deux murailles, » se tournant toujours vers le plus fort. Cette disposition ne tenait pas uniquement à leur caractère facile, à leur esprit léger, à leur imagination active, dans une constante mobilité. D'autres peuples, en apparence plus graves, ont montré, de tout temps une pareille inconsistance. L'intérêt est si puissant et l'homme si faible ! Pausanias se hâte de le constater. « Au reste, dit-il, il en a été ainsi de tout temps, et, comme les Ioniens, les hommes ont toujours servi la force (1). »

Plutarque porte contre eux une autre accusation (2) : « Le Spartiate Gallicratidas disait des Ioniens : Ils ne savent pas être libres, mais ils sont de bons esclaves. » Il ne faut pas oublier que c'est l'appréciation d'un ennemi. Du reste, le caractère des Ioniens justifie tous les éloges comme toutes les accusations. C'est le propre des peuples à l'esprit souple et aux mœurs faciles. La ressemblance entre les villes de l'Asie-Mineure voisines de la mer Egée, et les villes de la Grèce oii dominait l'esprit Ionien, est remarquable. Qu'il y ait eu échange entre les deux rivages, que l'Asie ait envoyé une population déjà formée, ou que, comme le croit M. Renan (3), l'invasion soit uniquement venue de la Grèce, qui aurait ainsi rendu à l'Orient ce qu'elle en avait autrefois reçu, l'origine paraît commune et la langue, l'esprit, la religion, les usages, les caractères sont les mêmes.

Et cependant les destinées furent bien différentes !

(1) Elide, III. V. 0. Muller, Histoire de la Grèce, 1824.

(2) Apophthegmes des Lacédémoniens.

(3) Histoire générale des langues sémitiques. I, 44.

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Avec des qualités remarquables, les Ioniens d'Asie se perdirent dans le luxe et la mollesse. Ils eurent de beaux édifices, de riches ameublements, une vie élégante. Ils ne manquèrent ni d'activité, ni d'initiative, ni d'ambition. Mais tous leurs efforts se concentrèrent dans le commerce, ou s'épuisèrent dans des luttes intérieures où le sang fut fréquemment répandu, et d'où sortirent la stérilité à l'intérieur et l'impuissance au dehors.

3. Cécrops avait rassemblé les familles éparses et formé déjà douze bourgades. « Thésée réunit en un seul corps tous les habitants de TAttique, et en forma une cité (1). »

Ce ne fut pas sans peine, et l'opposition qu'il rencontra eut une grande influence sur sa vie aventureuse. On ne fait pas une révolution politique ou sociale sans toucher à des intérêts, sans heurter des principes, sans offenser des préjugés. Ce sont autant de liens, d'inégale force assurément, mais réels et puissants, qui attachent l'homme, et ne sont pas rompus ou relâchés sans provoquer des plaintes et amener des conflits.

Après Cécrops, les bourgs s'étaient multipliés. La population s'accrût par la prospérité et par l'attraction qu'exerçaient ces rivages fortunés. Chacun des dèmes eut son organisation, et tout en restant soumis à une loi commune, garda son originalité.

Chacun avait son prytanée, c'est-à-dire la maison dans laquelle se traitaient les affaires communes et où siégeaient les magistrats. Leur indépendance était

(1) Plutarque, Thésée.

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