CHAPITRE IX i
sagesse et d'expérience ; car une bonne éducation est la source de toutes les \iertus. »
Comme il y a en l'homme deux facultés supérieures à toutes les autres : l'intelligence et la parole, « l'une faite pour commander, l'autre pour obéir, » Plutarque croit qu'il faut, loin de borner l'éducation à un seul objet, lui faire parcourir le cercle des connaissances et lui en donner une légèj'e teinture, afin qu'il puisse se livrer ensuite tout entier à la philosophie.
« La philosophie doit donc être le terme des autres connaissances.... Elle nous apprend à distinguer ce qui est honnête ou honteux, juste ou injuste, et généralement ce qu'il faut rechercher et ce qu'il faut fuir. Elle nous fait connaître tous nos devoirs, généraux et particuliers, selon les différents rapports de notre être. Elle nous enseigne qu'il faut adorer les dieux, honorer ses parents, respecter les vieillards, obéir aux lois, être soumis aux magistrats, chérir ses amis, honorer le mariage par une sage tempérance, avoir de la tendresse pour ses enfants, traiter ses esclaves avec humanité, et, ce qui est plus difficile encore, ne se laisser ni enfler par la prospérité, ni abattre parles disgrâces, ni amollir par la volupté, ni emporter par la colère (1). »
Ce traité de Plutarque témoigne d'une préoccupation qui n'était pas celle des temps dont il s'etlbrçait de conserver le souvenir. Tout ce que disent les historiens, tout ce que prévoient ou désirent les philosophes, se rapporte au peuple, c'est-à-dire au petit nombre privilégié entre les mains de qui
(1) Sur l'éducation dea enfants.
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étaient tous les droits et en qui résidait le pouvoir.
Mais Plutarque écrivait au moment oii, en Grèce et à Rome, un esprit nouveau, descendu du ciel, venait, en répandant les vérités dogmatiques et morales, réparer les vieilles et cruelles injustices sociales. Aussi, dit-il, qu'il voudrait que les pauvres comme les riches pussent suivre ses conseils, mais il ne l'espère pas, et il rejette tout sur la fortune, engageant les parents à y travailler tant qu'ils pourront.
L'éducation n'était pas gratuite. Les maîtres se partageaient les divers ordres de connaissances. Après avoir appris à lire et à écrire correctement (1), les jeunes gens recevaient des leçons de musique et retenaient les chants en l'honneur des dieux, des héros et de la patrie. Le caractère sacré de ces chants imposait à ceux qui les répétaient ou les écoutaient l'étude de beaucoup de choses auxquelles ils se rapportaient. Les chants avaient été longtemps la seule littérature de la Grèce. Ils contenaient la théogonie, l'histoire des héros et des hommes, les préceptes de la sagesse, les aspirations et les sentiments de la vie commune. Interprétés par un homme habile, ils offraient la source la plus abondante de connaissances de toute sorte. Ils formaient l'esprit général de la nation et donnaient un aliment à toutes les facultés.
Cependant, sous le nom de lettres ou de philologie, on enseignait Thistoire, la poésie, l'éloquence et la littérature. Nul n'aurait osé avouer son ignorance du passé. Ce que les dieux, les héros et les hommes
(1) ÂRISTOTE, Topiques, VI, 3.