CHAPITRE IX A9i
avaient fait pour la cité ne devait pas s'etfacer de la mémoire fière ou reconnaissante.
Il en était de même de la poésie. Son langage allait à toutes les âmes, et ses beautés ne leur échappaient pas. Ainsi s'entretenait le mouvement vers le beau, qui a toujours été si puissant et si général à Athènes, et a provoqué tant de chefs-d'œuvre, en assurant au génie de justes appréciateurs.
L'éloquence était une des conditions du système politique de la cité. Celui qui voulait acquérir une influence durable sur ces esprits ardents et mobiles devait parler avec élégance pour être écouté, et avec force pour être suivi. Le peuple athénien avait sans doute une imagination vive et un goût délicat, mais il vivait de l'industrie et s'enrichissait par le commerce. Il fallait donc lui parler le langage de la raison, et savoir habilement faire vibrer la corde de l'intérêt. Tous les hommes publics ont été des orateurs.
Il eût été honteux pour un Athénien de ne pas connaître tout ce qui pouvait instruire ou plaire. Sans doute, le langage de la tribune était souvent excessif sous l'inspiration de la passion, et l'orateur, comme le poète comique, descendait à des familiarités, ou se permettait des licences que le goût ne pouvait admettre et que l'honnêteté publique aurait dû condamner plus énergiquement; mais ce même peuple avait des délicatesses de raffiné, et rien de ce qui était vraiment beau ne le laissait indifférent.
Aristote prend toujours le mot peuple pour la partie la plus pauvre et la plus nombreuse des citoyens. Ce n'est pas le sens que nous attachons à
cette désignation. Athènes n'a pas de plèbe comme Rome. Elle renferme des pauvres, des mécontents, des ambitieux, des ignorants, des riches, des satisfaits, des amis de l'ordre, des intelligences cultivées. Tout cela se mêle et constitue un ensemble où la richesse cache la misère, la culture l'ignorance, l'ordre l'anarchie, et l'amour de la patrie le désir de dominer. L'éducation, généreusement répandue, proportionnée aux situations, n'entraînait aucun citoyen hors de la sphère où le retenaient sa fortune et ses aptitudes. L'ordre était rarement troublé par ce que dans nos civilisations modernes nous appelons des déclassés. Les démagogues faisaient souvent entendre leurs plaintes, excitaient les passions, inspiraient des résolutions imprudentes, mais le bon sens populaire ne tardait pas à reprendre le dessus, la sage pondération dont l'éducation avait développé l'instinct et montré les avantages s'imposait, et à la plus violente tempête succédait un calme réparateur.
6. En dehors de l'éducation proprement dite, des enseignements auxquels l'esprit était soumis et des exercices qui constituaient sa force et sa souplesse , Athènes avait des moyens généraux de compléter ce que l'on apprenait aux gymnases, ou d'y suppléer.
Les fêtes religieuses, les pompes, les théories, les chants sacrés excitaient l'imagination et l'habituaient à la recherche et à l'amour du bien. La religion était ainsi la première source des grandes inspirations, et si le prêtre n'avait pas la sublime mission d'enseigner,