‹ Les institutions d'AthènesChapitre 257 sur 335 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et par ses enseignements d'éclairer et de conduire, il agissait cependant sur l'âme d'une manière utile par les cérémonies du culte et les rites sacrés.' Les fêtes étaient nombreuses et solennelles. La ville entière s'y associait, et ce commerce journalier avec les dieux ne pouvait rester inutile. L'homme est, a-t-on dit, un animal religieux, et lors même qu'il adresse ses adorations à des êtres qui en sont indignes, il trouve dans une amélioration intellectuelle ou morale une récompense pour le devoir qu'il a rempli. Le niveau des idées et des sentiments s'élève avec celui de la religion , et il est possible de présumer, quoiqu'il soit impossible de le comprendre exactement, dans quel abîme d'ignorance tomberait un peuple qui se serait soustrait au joug bienfaisant de la divinité.

Le peuple tout entier prenait part aux jugements. Le sort désignait chacun des citoyens pour faire partie d*un tribunal où il remplissait les fonctions de juré. Il avait à se prononcer sur des faits souvent difficiles à démêler, et qu'une attention soutenue pouvait seule reconnaître.Ilyacquéraitdela pénétration, desconnaissances étendues des affaires, de la solidité dans le jugement.Engagé parle sermentjildevaitprendreausérieux ses fonctions judiciaires et acquérait par l'exercice quelques-unes des qualités qui conviennent au magistrat. Il se serait montré sans doute plus occupé du triobole que de l'examen des causes, si l'on en croyait les poètes comiques, mais en supposant que cette préoccupation intéressée n'ait pas été exagérée, elle ne pouvait empêcher les effets de l'application de l'esprit à des affaires diverses et nombreuses.

L'Athénien n'était pas seulement juge. Quatre fois par mois, et plus souvent dans les grandes occasions, il délibérait sur les affaires de l'État. La paix, la guerre, les finances, les mesures économiques, la religion, les alliances, les relations étaient soumises à son examen et à son jugement. Il entendait les orateurs, il se familiarisait avec toutes les questions de nature à intéresser l'État, il suivait les mouvements de la machine gouvernementale et devenait le maître de ceux à qui il était obligé d'obéir. La passion pouvait dicter ses résolutions, mais l'intérêt el le patriotisme l'obligeaient à réfléchir, à tout peser et à se conduire de manière à servir l'État.

Si l'on ne pouvait parler qu'à trente ans, on avait le droit d'assister à vingt ans aux délibérations de la place publique, et l'apprentissage de la vie politique, commencé de bonne heure, se continuait jusqu'à l'âge le plus avancé. Sparte avait prolongé jusqu'aux limites de la vie l'instruction de ses citoyens. Athènes faisait mieux. Elle ne manifestait pas de sollicitude à cet égard, mais offrait à chacun le moyen de perfectionner ses dispositions naturelles et d'employer, dans des fonctions utiles à la patrie, les trésors acquis par l'éducation.

Les divertissements eux-mêmes concouraient à ce noble but. Le théâtre faisait revivre les souvenirs du passé et présentait aux yeux charmés des spectacles émouvants, pendant que l'oreille portait au cœur l'expression des sentiments les plus nobles et les plus touchants. Le peuple se pressait aux représentations théâtrales, et après avoir frémi ou pleuré, il devenait le juge entre les concurrents.

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