CHAPITRE IX
et chacun a dirigé vers le môme but des qualités particulières et des aptitudes spéciales. Leur action se rattache étroitement à la forme de gouvernement de la cité, aux institutions qui lui servaient d'organe et au caractère des Athéniens.
« La politique, a dit Aristote (1), ne fait pas les hommes ; elle les prend tels que la nature les lui donne, et elle en use. » Athènes était une démocratie. Les premières classes d'abord, tous les citoyens ensuite purent entrer dans les magistratures. Mais la durée du pouvoir était limitée, et nul n'était continué dans ses fonctions, parce qu'on ne voulait pas laisser prendre un avant -goût de la royauté, ni en tolérer une apparence.
Seuls, les stratèges, bien que leur commandement fût annuel, pouvaient rester à la tête de leur tribu, et c^est sous ce titre modeste que Périclès gouverna la république assez longtemps pour exercer sur les Athéniens une influence souveraine, faire de grandes choses et mériter de donner son nom à son siècle. On pouvait les rappeler après un échec, ou lorsqu'une accusation était dirigée contre eux. On prolongeait leur commandement lorsque la guerre se continuait, et pour éviter les conséquences fâcheuses d'un changement de direction. Leur titre leur restait même pendant la paix, et leur donnait des droits au gouvernement.
C'est ainsi qu'Athènes a pu avoir de grands capitaines, bien que la guerre n'ait jamais été pour elle une science. Elle n'était pas conquérante, et ne prenait les armes que pour se défendre elle-même ou
(1) politique, \, 3,31.
venir en aide à ses alliés. Mais elle avait des soldats formés par de vigoureux exercices, habitués à l'obéissance, disciplinés, instruments dociles et intelligents de la volonté du général. La tactique ne fit pas sans doute de grands progrès, quoiqu'elle fût enseignée dans les écoles, mais le génie eut ses inspirations, trouva en présence du danger des illuminations soudaines, anima ses soldats de son souffle puissant, et de petites armées eurent raison de multitudes mal commandées ou inférieures en instruction et en patriotisme. « L'élu qui commande, dit Arislote (1), doit avoir la vertu morale dans toute sa perfection. » C'est ainsi que Miltiade ,Thémistocle, Aristide et Gimon manièrent leurs armées de terre et de mer avec une facilité qui leur permit de tout oser, et une vigueur qui leur assura la victoire. L'amour de la patrie, la confiance de leurs soldats, une activité réglée, un sage emploi de toutes leurs ressources, une prudence hardie, tels sont les traits distinclifs des généraux athéniens, et si un tribun comme Cléon est improvisé chef de l'expédition qu'il a provoquée, il est assez sage pour ne rien faire sans un soldat expérimenté comme Démosthène (425). Celui qui obéit n'a toutes ses forces que lorsque celui qui commande lui paraît maître des événements, et croire au succès, c'est l'avoir à moitié obtenu. Ainsi s'expliquent les succès militaires d'Athènes. Généraux et soldats s'unissaient dans une mutuelle confiance.
Athènes eut des hommes politiques qui préparèrent, maintinrent, développèrent ou surent ramener la paix et la prospérité. « L'État le plus parfait,
(1) Politique, I, 5, 7.