‹ Les institutions d'AthènesChapitre 262 sur 335 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dit Aristote (Ij, est évidemment celui où chaque oitoyen, quel qu'il soit, peut, grâce aux lois, pratiquer le mieux la vertu et s'assurer le plus de bonheur. » Cette liberté était entière à Athènes, et ceux qui recevaient les magistratures avaient la mission de la défendre. Il leur suffisait de rester dans leur rôle administratif ou militaire, de veiller à la stricte exécution des lois, et de donner, les premiers , l'exemple de la soumission.

Il y avait pourtant place pour d'heureuses initiatives. Un peuple ne reste pas stationnaire. Même lorsqu'il n'y a pas de changement dans sa constitution, il se produit dans les esprits, dans la situation, dans les mœurs, dans les relations, des mouvements qui commandent la vigilance et l'action. L'essentiel, c'est de s^en rendre un compte exact et d'apprécier ce qu'ils réclament. Il faut être aussi éloigné de rimmobilité que d'une agitation désordonnée, et la sagesse consiste à distinguer ce qui est vrai, à rechercher ce qui est juste et à poursuivre l'exécution de ce qui est possible.

S'il y eut des tentatives violentes pour renverser et changer la forme du gouvernement, on peut compter aussi des réformes partielles qui portèrent remède aux maux du présent, et en faisant disparaître des abus, préparèrent un meilleur avenir. Le développement de l'esprit démocratique est intéressant à observer. Thésée, Solon, Glisthénès, Aristide y contribuèrent dans une inégale proportion, mais avec succès. Cimon et Périclès n'employèrent pas les mêmes moyens, en poursuivant le même but, et

(1) Politique, IV, 2, 3.

lorsque Phocion et Démosthène se heurtaient avec tant d'éloquence et de ténacité, conseillant une conduite opposée à un peuple qui avait commencé à perdre le sens de ses intérêts, ils ne cherchaient pas avec moins de patriotisme la sécurité et la grandeur d'Athènes.

La mobilité constante des hommes au pouvoir semblait livrer au hasard la politique intérieure et les relations étrangères. Il n'en fut pas ainsi. Les traditions ne perdirent jamais leur influence, même lorsque le peuple abdiquait momentanément toute initiative entre les mains des démagogues. Il était plus fidèle à lui-même qu'il ne le croyait, et il suffisait d'une parole de bon sens et de patriotisme, pour le ramener à ce que commandaient l'honneur et l'intérêt et lui faire réparer ses fautes.

C'est à la tribune que l'on gouvernait. Le peuple avide de la parole publique écoutait, se passionnait et décidait. On n'était homme politique qu'à la condition d'être orateur. Thémistocle avait une éloquence insinuante et irrésistible, car c'était la raison même. Aristide achevait par la finesse ce qu'il avait commencé par le bon sens, l'honnêteté et le sentiment du devoir. Homme de bien, habile à parler, il rejetait tout artifice et ne disait que ce qui était nécessaire. Périclès est la personnification de l'éloquence. Il lui dut de dominer pendant quarante ans Athènes, et de la maintenir par les armes et les arts à la tête de la Grèce. Comment le peuple aurait-il résisté lorsque, selon l'expression d'Eupolis, Périclès laissait l'aiguillon dans l'âme de ceux qui l'avaient écouté ? Comment n'aurait-on pas obéi docilement à celui qui

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