CHAPITRE IX
s'écriait avec un sentiment si profond : « La ville tout entière est l'école de la Grèce (1). » Périclès était la voix éloquente d'une patrie aimée.
Alcibiade parlait avec grâce, et les leçons de Socratc lui permettaient d'ajouter la raison à l'esprit. Critias mit la vigueur et l'éclat au service de la violence et des moins avouables projets. Antiphon fut, au contraire, le champion de l'honneur et de la vertu. Andocide eut plus de puissance que de moralité, et si son talent ne peut faire oublier ses bassesses, il lui assure un rang honorable parmi les orateurs. Lysias , insinuant et fin, sans vigueur et sans flamme, fut lu avec plaisir, mais il resta sans action, parce qu'il ne put jamais s'adresser directement au peuple en sa qualité d'étranger (2).
Isocrate fit par timidité ce que la loi imposa à Lysias. Il écrivit pour les autres. Sophiste, il évita les principaux défauts de cette école funeste à la philosophie, à l'éloquence et à la politique , mais si on l'écouta avec plaisir, on le suivit peu. Il était de ceux qui croyaient que la Grèce avait besoin d'un chef, et pour servir Athènes, il favorisa les projets de Philippe.
Lycurgue, orateur, homme d'État, administrateur des finances pendant douze ans , avait ce qui manquait à Isocrate. Si l'art est absent de ses discours, la vigueur, l'éclat, la passion y régnent, et l'on comprend que ses accusations formulées par l'éloquence
(1) Thucydide, II, 41.
(2) Il était citoyen, mais il habita longtemps Thurii, en Italie. A son retour, après la destruction de la tyrannie, il fut admis, par Thrasybule, au nombre des citoyens. Ce titre lui fut contesté, et un vice de forme dans sa défense le lui fit perdre sans retour.
506 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
et soutenues par la probité aient profondément ému Athènes et relevé son courage, lorsqu'elle risquait de s'abandonner (-408-326).
Hypéride, Dinarque, Hégésippe, Démade, Phocion, Eschine,avec des talents différents et un mérite inégal, prirent une part active à la lutte dont Athènes fut le théâtre, depuis le jour où Philippe jeta sur la Grèce un œil d'envie jusqu'à la mort d'Alexandre. La ville était partagée entre deux sentiments et hésitait entre deux conduites. On peut mettre en doute la clairvoyance de la plupart des partisans de Philippe, comme on a eu raison de flétrir la vénalité de quelques-uns ; mais avec quelle joie on écoute ceux qui défendirent jusqu'à la fin l'honneur et l'indépendance de leur patrie !
Démosthène fut l'orateur de cette noble cause. S'il n'eut pas cette grandeur d'âme qui inspire les résolutions sublimes et qui met à l'abri de tout soupçon, si l'on a compté tout ce qui manque à son éloquence, il est bien permis de dire qu'aucun de ses rivaux dans l'antiquité ne s'élève à sa hauteur. Il fut la voix passionnée d'Athènes, et s'il a négligé de « sacrifier aux Grâces, » s'il ne s'élève pas à cette majesté qui naît de la hauteur de l'âme, il ne mit pas moins au service de ce qu'il considérait comme l'intérêt de sa patrie une logique vigoureuse, une parole ardente, une ironie redoutable, une argumentation serrée et vivante et des mouvements d'une irrésistible puissance (3S-4-321).
Il n'eut point d'héritier. Après la soumission de la Grèce à la Macédoine, après la tutelle souvent bienveillante, mais toujours douloureuse imposée à