CHAPItRE IX
Athènes, la tribune pouvait encore retentir d'accents harmonieux et de discours élégants. On admirait de fines pensées, des tours ingénieux, de vives saillies. La grande éloquence était morte avec la liberté.
C'est l'auditoire qui fait l'orateur. A ses qualités natives, l'Athénien joignait les fruits d'une éducation qui mettait à leur rang les choses de l'esprit, les habitudes d'une vie élégante, un goût perfectionné par le théâtre et le Pnyx. Il comprenait, il soutenait, il provoquait ses généraux, ses hommes d'État, ses orateurs. En leur assurant de justes appréciateurs, il faisait naître une salutaire émulation, et les grands hommes d'x\thènes doivent peut-être autant au milieu où ils ont vécu, qu'à la nature qui les avait si admirablement dotés.
3. La poésie a précédé en Grèce toutes les autres manifestations de la pensée. Elle est souveraine avant que les cités et les États aient une existence définitive. Sa langue vive, souple, imagée, pleine de grâce et d'harmonie, révèle par ses dialectes des qualités différentes, et se prête à tout ce qui occupe l'esprit et remplit le cœur.
Athènes doit ses premières œuvres à l'inspiration religieuse. Les Eumolpides chantent des hymnes en l'honneur deDéméter, avant qu'Homère ait répandu, comme un patrimoine commun, sonimmortelle épopée. « C'est un cœur ionien qui bat dans la poitrine d'Homère, » a dit Aristarque, et le m,onde doit à Athènes la première réunion et une récension savante de ces fragments que toute la Grèce applaudissait, et qui forment un ensemble si harmonieux et si fortement lié.
oOS INSTITÙtlOXS I) 'ATHÈNES
Les poètes cycliques qui le continuèrent sont ioniens pour la plupart, ainsi que les poètes élégiaques, dont le ton est plus varié que le mètre. Solon fit servir la poésie au succès de sa réforme. Il donna des conseils en même temps que des lois, et si, d'un côté, il maintenait la volonté dans les voies de la justice et de la raison, de l'autre, il pénétrait les âmes de sentiments élevés et de fermes résolulions. La poésie fut entre ses mains un instrument dont il ne fit un si fréquent usage que parce qu'il croyait à l'influence morale plus qu'à la contrainte. Phocylide, à la même époque, consacrait la poésie gnomique à l'enseignement de la vertu.
Anacréon chante le plaisir et l'enveloppe de la grâce ionienne. Simonide a cette mélancolie que Chateaubriand ne trouvait pas chez les anciens, et si le génie ionien n'a pas l'inspiration lyrique qui chante les jeux et leurs triomphes, il en apprécia les beautés et en honora les divins interprètes.
Le théâtre fut pour Athènes un privilège glorieux. Solon n'encouragea pas Thespis, parce qu'il ne pouvait tolérer le mensonge, môme dans les jeux de l'esprit. Mais s'il lai eût été possible de prévoir ce que deviendraient ces essais informes, il aurait applaudi à des représentations qui conservaient les saintes traditions des temps héroïques, mettaient en relief l'action divine dans les événements humains, célébraient les gloires contemporaines, et élevaient les âmes en faisant naître en elles des sentiments nobles et généreux, « en corrigeant, par la terreur et la pitié, ces deux affections de l'âme (l). »
(l) ÂRISTOTE, POCIVJUC.