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CHAPITRE IX

Eschyle est un penseur. Il a des mots profonds et jette sur les événements de la légende ou de l'histoire des clartés incomparables, au milieu desquelles l'homme atteint des proportions gigantesques. Il a l'élévation du poète lyrique, la solidité du poète gnomique, une certaine grâce mêlée de tristesse, et une force qui met à découvei-t les émotions les plus secrètes et les passions les plus violentes du cœur (525-456).

Sophocle est plus égal dans ses conceptions et plus parfait dans la forme. Tout ce qu'il fait dire à ses acteurs va au but, et la trame souple de son action se déroule avec une simplicité qui dérobe tout effort et toute trace d'art. Il représente l'homme avec une vérité pleine de charme, et en faisant un retour sur lui-même, chacun de nous se reconnaît dans la pensée, le sentiment et l'action; et cependant il nous élève, nous saisit par les côtés les plus nobles, et nous laisse une grande idée de notre nature et de la dignité à laquelle elle peut atteindre (495-406).

Euripide est moins habile dans la conception du sujet et moins parfait dans l'expression. « Toute la Grèce, dit une épigramme (1), est le tombeau d'Euripide. La Macédoine ne possède que ses cendres. Là, en effet, il a trouvé le terme de sa vie, mais sa patrie, c'est la Grèce, et la Grèce, c'est Athènes; et comme par ses vers il a charmé tous les cœurs, il s'en élève un unanime concert de louanges. »

La fatalité, souveraine dans Eschyle et dans Sophocle, quitte le ciel pour descendre sur la terre, et dans Euripide, l'homme est moins victime du destin

(1) Anthologie de Jacobs, Épigmmvies funéraires, l, 45.

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que de ses propres passions. Les inégalités mêmes augmentent l'illusion, et si nous sommes moins élevés nous nous reconnaissons mieux (480-406).

D'autres poètes illustrèrent à la même époque la scène tragique, et nous pouvons mesurer nos regrets de la perte de leurs ouvrages à la valeur que leur avaient attribuée les juges éclairés d'Athènes. Plusieurs de leurs œuvres furent préférées dans les concours à quelques-unes de celles qui provoquent une si légitime admiration, et le goût de ce peuple délicat et sensible nous autorise à conclure qu'elles leur étaient supérieures.

La comédie a une origine ancienne. Elle existait à l'époque de Solon avec une liberté qu'autorisaient, si elles ne la prescrivaient pas, les fêtes de Dionysos.

Susarion lui donna des règles dans l'Attique, où elle fut le divertissement grossier des dèmes avant de devenir une partie importante, par son caractère politique, des fêtes d'Athènes.

Aristophane est son plus spirituel représentant. Ennemi de toute nouveauté, peu disposé à seconder les caprices populaires, jaloux cependant de ne pas se brouiller avec ce souverain susceptible, mobile et implacable, il attaque les vices, il met en relief les défauts, il ridiculise les travers, et fait avec un art fécond en ressources, et sur une matière qui ne s'épuise pas, une œuvre politique.

Les hommes et les événements de son temps sont transportés par lui sur la scène avec une liberté qui n'est pas toujours de la justice, et une obscénité de détails qui nous laisse une triste idée d'un peuple capable de les supporter et d'en rire.

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