CHAPITRE IX
Personne ne reproduit avec plus de vérité le caractère élevé et attrayant du peuple athénien, que l'auteur des dialogues immortels, où il a consigné les idées de Socrate et les siennes. Il avait certainement devancé son temps, mais son temps le comprit et profita de ses leçons.
Aristote n'était pas Athénien, mais il le devint lorsque son disciple Alexandre eut succédé à Philippe. Il y fonda l'école du Lycée, comme Platon, dont il suivit les leçons, avait formé celle de l'Académie. A une intelligence vaste et sûre, il joignait des connaissances presque universelles. On peut dire de lui, comme on l'a dit de Tacite, qu'il abrégeait tout, parce qu'il voyait tout.
Gomme caractère et comme méthode , sa philosophie est diamétralement opposée à celle de son maître. Mais ils arrivaient l'un et l'autre au même résultat. Sa forme est froide, sèche, souvent rude ; celle de Platon reproduit tous les charmes de la culture intellectuelle de TAttique. Aussi l'influence d'Aristote, malgré une érudition extraordinaire, n'alla-t-elle pas au delà de ceux que des études spéciales avaient préparés à ses enseignements, tandis que le charme dont Platon enveloppe jusqu'à ses utopies, leur donne accès auprès de tous, et popularise ce qui ne paraissait écrit que pour quelques-uns.
Ce qui nous reste d'Aristote paraît embrasser la vie elles aptitudes éminentes de plusieurs hommes : logique, physique, histoire naturelle, métaphysique, rhétorique, poésie morale, politique, économie, histoire, lettres, tout cela appartient à un seul
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homme qui ne vécut que soixante-deux ans (38i- 322). La souplesse de son génie égalait sa force.
Après Aristote, Athènes n'a plus de grand philosophe. Théophraste, l'auteur des Caractères^ est clair, simple, précis. Moraliste plutôt que philosophe, il a de l'esprit et un tour ingénieux. Les grandes et fortes études avaient élevé, assoupli, fécondé le génie d'Athènes; elles émigrèrent avec la liberté. Il ne resta que les souvenirs du passé, et un reflet de gloire littéraire dissimula la variété des écoles où Ton n'estimait que les subtilités, et où le beau paraissait être tout entier dans la recherche de pensées plus ingénieuses que justes, et l'heureux agencement des expressions. Partout ailleurs, la philosophie, dont Athènes avait été le berceau, prépara efficacement les âmes à la vérité évangélique que l'Orient allait répandre dans le monde.
5. Dégagée de la poésie, Thistoire eut d'abord des logographes, et Hérodote la porte du premier coup à la hauteur des grandes choses dont elle conservait le souvenir. Il est Dorien; mais, après avoir, pendant vingt-sept ans, parcouru les diverses parties de l'Asie, du nord de l'Afrique et de la Grèce, il lut à Athènes ces récits, et en acheva l'habile ordonnance et la forme élégante dans une colonie athénienne de l'Italie méridionale. Il recueille les traditions et il aime à les reproduire, mais il a de la critique, et, par un sage discernement, il sépare le vrai du faux, en même temps qu'il porte sur les événements et les hommes un jugement rapide et sûr.
Comment n'aurait-il pas été cher aux Athéniens?