CHAPITRE IX olif
Il chantait avec l'enthousiasme du poète leurs glorieux exploits, et il semblait que cette revue des royaumes de l'Orient ne fut qu'une introduction à la guerre mémorable où l'orgueil des Perses vint se briser contre le patriotisme des Grecs. Si le style est simple et sans ornements, il ne manque pas de finesse, et la bonhomie en relève fréquemment la malice. Il croit à un pouvoir souverain à qui les hommes doivent compte de leurs actes, et la chute des empires lui paraît une leçon bonne à connaître et utile à méditer. Qui n'éprouve, après Tavoirlu, le sentiment des Athéniens que des récitations fréquentes et répétées ne pouvaient rassasier? (484-406.)
On a dit que les applaudissements donnés à Hérodote avaient éveillé en Thucydide le génie historique. Il est certain qu'il a pu assister k des lectures faites par l'écrivain lui-même; pourquoi n'aurait-il pas ressenti cette émulation qui pénètre l'âme comme un aiguillon, et, en l'éveillant, la révèle à elle-même? S'il n'a commencé que plus tard à recueillir les matériaux de son histoire, c'est que le sujet qui devait le tenter, n'existait pas encore. Et qui peut faire la genèse d'une idée dans l'esprit? Nier la possibilité de cette impression, ce serait méconnaître l'influence exercée partout, et spécialement à Athènes, par l'exemple et les désirs qu'il fait naître.
Thucydide fut homme politique avant d'écrire l'histoire. Condamné par les Athéniens k un exil qui dura vingt ans, il se consola de ne pas prendre part aux événements qui agitaient sa patrie, en les suivant avec intérêt et en les racontant sans passion. Il est poète, orateur, philosophe. Il ne peut rester
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indifférent en présence des choses qu'il raconte, et par moments, l'émotion est vive, profonde, saisissante et devient rapidement communicative. S'il est obscur quelquefois, c'est la faute du temps, peutêtre la nôtre. Il n'a pas de rancune, et la justice conduit sa plume. Il est moins religieux qu'Hérodote, mais il sait que la vengeance du crime appartient aux dieux, et sa morale a une sanction. Ses discours sont aussi variés que le caractère de ceux qui les prononcent, et dignes d'eux ; ses portraits sont vivants , et lorsqu'on arrive à la fin de ce huitième livre, qui n'est qu'un fragment et une ébauche, on ne se sépare qu'à regret de ce guide austère peut-être, mais si noble, si intéressant, si profond et si véridique qu'on ne peut s'empêcher de raimer(471-395). Xénophon écrit l'histoire comme il avait rapporté les entretiens de Socrate, en témoin. Il a un but moral ; mais, tout entier à raconter et à décrire, il laisse à peine circuler à travers son œuvre un souffle philosophique qui l'élève et la vivifie. VAriabase est le journal d'une longue et douloureuse expédition pour laquelle rien n'était préparé, et à laquelle chaque jour, apportant son danger, mettait en relief l'énergie des soldats et les ressources des généraux. Les Helléniques, en sept livres, sont plus précieuses comme recueil de documents historiques que comme tableau achevé de ces luttes intestines, qui préparaient la décadence de la Grèce. Le roman dont Cyrus est le héros, met en œuvre le système d'éducation de Sparte, les procédés de l'esprit attique et les enseignements de Socrate. Le génie asiatique s'y mêle au génie européen, et Xénophon, en voulant peut-être