CHAPITRE IX
L'école d'Éginc, la perpétuelle rivale d'Athènes, opéra la fusion du génie dorien et du génie ionien, et Athènes acheva la victoire. Après Eudœos, Simmias, Anténor, auteur du groupe d'Harmodios, et Aristogiton, Amphicrate qui fit Leœna, leur complice, parut l'élève de l'argien Agélados, Phidias.
La grandeur et la majesté viennent avec Phidias et Polyclète. L'abondance de leurs œuvres n'étonne pas moins que la simplicité puissante de la conception, la perfection de la forme, et la vérité d'une expression dont le calme n'exclut pas la vie. Les personnages, dans leur immobile gravité, ont le mouvement qui leur convient, et le repos est pour eux le commencement d'une action à laquelle tout concourt. Alcamène et Agoracrite, leurs contemporains et leurs rivaux, sont de la même école, et comme eux, esclaves de la tradition.
La troisième période reproduit la réalité, sans renoncer à choisir et par conséquent à rester dans le beau en poursuivant le vrai. La sculpture devient plus humaine et s'éloigne du ciel pour poser son pied sur la terre. Myron représente cette école qui a inspiré de nombreuses épigrammes de l'anthologie. On a épuisé pour sa génisse les formules de l'admiration, et Ausone , fidèle à l'esprit et aux habitudes de la décadence, n'a pas tourné moins de onze fois une même pensée sur la saisissante réalité de la reproduction de la nature par l'airain (1).
C'est ensuite le règne du mouvement et du pathétique. Scopas fait de grandes compositions (460) et les anime d'un souffle puissant. La vérité à laquelle
(t) Épigrammes, liv. III, de 58 à 68.
il s'attache n'a rien de banal, et une haute inspiration en relève le caractère. Praxitèle (360-280), qui le suivit, dut à la grâce ce que Scopas obtint par l'expression. Phidias avait représenté les dieux, Myron les hommes et les animaux ; Scopas fit sortir de l'airain et du marbre des œuvres dignes de la gravité harmonique de l'esprit athénien, et Praxitèle en saisit le côté tendre , délicat et suave. Il est le sculpteur des Grâces et de l'Amour. On connaît de lui six Aphrodites. Phidias était voué à Athéna, Myron aux génisses, Praxitèle à Aphrodite. Malgré la souplesse de son génie, il ne voulut pas sortir do ce sujet, et l'on sait qu'il refusa de faire une Artémis, désespérant de reproduire la beauté sévère de son visage. Mais les découragements des artistes ne durent pas, et il sculpta une Artémis Lucifère et une Artémis chasseresse.
Avec Lysippe, c'est la fougue dont la grandeur étonne et dont les emportements émeuvent. « 0 Lysippe, disait le poète (1), main hardie, artiste brûlant, ce n'est pas du bronze, mais du feu que tu répands sous la forme d'Alexandre. » Il avait fait quinze cents statues remarquables par la richesse des détails et la vivacité de l'allure. Praxitèle avait montré cette mollesse dont on a dit « qu'elle perdit les arts (2). » Lysippe y substitua la force, mais avec une tendance au colossal et aux mouvements désordonnés.
Après lui, l'art subit une échpse qui ne fut pas définitive, mais se renouvela fréquemment.
Gomme les lettres, la sculpture eut sa rapide déca-
(1) Anthologie.
(2) Pline, Histoire naturelle.