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CHAPITRE IX

dans toute la Grèce pour aimer à parler et pour parler beaucoup (1). » C'était assurément un reproche, mais ils parlaient si bien, avec tant de grâce, de finesse et de force! « Chez les Grecs, tout dépendait du peuple, et le peuple dépendait de la parole (2) . » C'est à Athènes que pensait, en parlant ainsi, cet admirateur délicat et passionné de l'antiquité, et si on n'en peut douter quand il s'agit de l'influence générale sur le monde, combien c^est vrai quand il s'agit des lettres et des arts!

Les lettres et les arts n'étaient pas le privilège de quelques-uns. Auxdispositions naturellessi heureuses etsidiverses, s'ajouta le fruitd'une éducation à laquelle tout concourait. La langue riche et flexible était parlée avec un soin qui en conservait la pureté et en accroissait le charme. Les conversations des gymnases étaient un aiguillon qui éveillait les idées, et un frein qui retenait dans les limites de la bienséance et du goût. Les chants des fêtes publiques, les poésies récitées dans les circonstances solennelles off'raient à l'esprit des jouissances qu'il aspirait à renouveler et des occasions d'admirer de plus en plus la ville à qui on les devait. Les représentations théâtrales étaient un enseignement solennel vers lequel on courait avec empressement, et dont on gardait avec un soin patriotique les souvenirs touchants ou terribles. Les assemblées du Pnyx et de l'Agora assouplissaient l'esprit, ouvraient l'intelligence et, par la nécessité de comprendre et de se prononcer, pliaient les moins instruits à la pratique des

(1) Platon, Lois, 1.

(2) Fénelon, Lettre à l'Académie.

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affaires et leur donnaient les qualités qui assurent le succès.

Gomment un peuple si sensible n'aurait-il pas été touché par la grâce, la finesse, la beauté, la grandeur et l'éclat de la parole? Comment n'aurait-il pas apprécié les chefs-d'œuvre de l'art, encouragé les artistes, et par ses récompenses et ses dédains, soutenu le génie et découragé la médiocrité ? Comment ne se serait pas formé cet esprit public qui semble la somme de tout ce que peut produire un État, et qui lui donne une physionomie propre ? Le trait le plus distinctif du génie d'Athènes, c'est l'amour de la louange, et par une conséquence inévitable chez un peuple délicat, la réserve dans sa distribution. Si, comme l'a dit Xénophon (l), « rien n'est plus doux que la louange, » rien ne la fait mieux valoir que la rareté. Horace a remarqué que

Les Grecs prodiguent tout, excepté la louange (2).

Pendant que le droit d'accuser, reconnu à chaque citoyen, contenait les passions ambitieuses et cupides, le désir de récompenses publiques rendait capable des plus nobles efforts et des plus sublimes dévouements. L'initiative privée demandait la récompense comme la peine. Voici un décret proposé en 314 par Stratoclès, fils d'Euthydèmc, pour la mémoire de l'orateur Lycurgue (3). Il énumère les services ren-

(1) Cité par Plutarque : 5/ /m vieillards doivent s'occuper d'odm in istrci tion piibl iq u e .

(2) Art poétique, 323.

(3) Plutarque, Décrets proposés aux Athéniens, III.

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