CHAPITRE IX
dus et se termine ainsi : « Afin que tout le monde sache que ceux qui, dans leur administralion, ont maintenu la liberté et le pouvoir du peuple, après avoir joui pendant leur vie de l'estime générale, reçoivent à leur mort des témoignages à jamais durables delà reconnaissance publique, le peuple, persuadé que ce décret tournera à sa gloire et à son utilité, a arrêté qu'il sera décerné un éloge public à la mémoire de Lycurgue, fils de Lycophron, du bourg de Buta, et qu'on rendra témoignage à son intégrité et à sa vertu ; qu'on lui érigera une statue de bronze dans la place publique, à la réserve des lieux oîi la loi ne permet pas d'en élever; que l'aîné de ses descendants, à perpétuité, sera entretenu dans le Prytanée ; que tous les décrets rendus à sa réquisition, seront ratifiés; que le greffier de la ville en fera graver des copies sur des Colonnes de pierre qui seront placées dans la citadelle, auprès des offrandes consacrées à la déesse. »
C'était l'époque où la pénurie des grands hommes rendait la louange banale, et en multipliait les témoignages. Auparavant, de grands exemples de modération dans les récompenses avaient été donnés. Épiménide,quiavaitopéré la réforme morale d'Athènes, devait être récompensé, et on était prêt à le combler d'honneurs et de présents. « Il ne demanda qu'une branche de l'olivier sacré, qui lui fut accordée (l). »
Aristide et Thémistocle avaient sauvé Athènes et la Grèce, u On ne leur décerna pas même une couronne de laurier. Miltiade, après la bataille de Marathon, sollicita cet honneur dans l'assemblée du
(l) Plutarque, Sol07l, la.
oiO INSTITUTIONS d'aTHÈNES
peuple. Un citoyen se leva et lui dit: « Milliade , quand vous repousserez tout seul les Barbares, vous aurez tout seul une couronne. »
Peu de tempâ après, des troupes athéniennes, sous la conduite de Cirnon, remportèrent de grands avantages dans la Thrace ; à leur retour, elles demandèrent une récompense : dans les inscriptions qui furent gravées, on fit Téloge des troupes et on ne cita personne en particulier (i). »
De quoi ne devenait pas capable un peuple chez qui l'éloge avait un pareil prix !
A Sparte, l'éducation ne cessait qu'avec la vie. Il en était de même chez sa rivale. Seulement, après que la jeunesse avait reçu l'enseignement qui la rendait apte à toutes les charges comme à la production ou à l'appréciation de toutes les œuvres, un ensemble de faits donnait à ces dispositions l'étendue, la force et la souplesse qui devaient les rendre utiles.
L'Athénien se mouvait facilement dans cette liberté où il trouvait lumière et chaleur. Tout contribuait à accentuer son caractère capable de se plier à tout et de tout oser, dont la mobilité était redoutable, mais dont la patience triomphait de tous les obstacles. L'Athénien se sentait né pour dominer par l'esprit, et il ne négligeait rien pour se rendre digne de cette domination et pour l'assurer. « Il n'y avait rien do plus délicieux à voir que leur ville, dit Bossuet (2), où les fêtes et les jeux étaient perpétuels, où l'esprit, où la liberté et les passions donnaient tous les jours
(1) Barthélémy, Voyage du jeune Anacharsis, Introd., 2"i« section.
(2) Discours sur l'Histoire universelle, les Empires, ch. V.