CHAPITRE IX
de nouveaux spectacles. » Et tout cela s'acquérait presque sans effort, par l'effet naturel d'un ensemble de causes heureusement réunies. Pisislrate avait fondé une bibliothèque ouverte à tous. L'esprit s'y formait et y acquérait de vives lumières. Elle aidait à l'éducation générale que favorisaitla liberté. Platon en fait la remarque (1). « On dit communément que les Athéniens, quand ils sont bons, le sont au plus haut degré. Ce sont, en effet, les seuls qui ne doivent point leur vertu à une éducation forcée : elle naît, en quelque sorte, avec eux; ils la tiennent des dieux en présent ; elle est franche et n'a rien de fardé. »
L'activité commerciale, les longs voyages, Tamour du lucre côtoyaient ces grandes inspirations sans les vicier, et c'est peut-être le trait le plus singulier d'Athènes , que cet accord des plus hautes inspirations intellectuelles avec des habitudes mercantiles.
Aussi, comme son influence était générale et souveraine! La Grèce avait les yeux tournés vers elle dans les grandes crises, l'Asie -Mineure voyait en elle, malgré la diversité des colonies, une métropole, la Syrie et la Phénicie recevaient ses marchandises et ses œuvres d'art, l'Egypte acceptait comme un bienfait la culture qu'elle prétendait avoir autrefois apportée, tout le littoral de l'Afrique était visité, la Grande Grèce, marché inépuisable de l'Italie, initiait ses populations à une vie nouvelle, la Sicile était athénienne, et si la Thrace restait impénétrable, toutes ses côtes conquises s'ouvraient devant une
(1) Lois, I.
action irrésistible parce qu'elle s'exerçait sur toutes les facultés humaines.
Vaincue par Rome, la Grèce s'empara de son vainqueur. Athènes fut louée par Lucrèce, vantée par Horace , recherchée par la jeunesse , respectée par tous ceux qui connaissaient son passé. « Souvenez-vous, écrivait Cicéron à son frère Quintus, que vous commandez à des Grecs qui ont civilisé tous les peuples en leur enseignant la douceur et l'humanité, et à qui Rome doit les lumières qu'elle possède. »
Pline le Jeune écrivait dans le même sens à Maximus, proconsul d'Asie, et Rome montra, en lui confiant l'éducation de sa jeunesse, combien elle comptait sur elle pour la rendre digne de ses grandes destinées.
C'est à un Athénien qu'il faut recourir pour comprendre les Athéniens, et personne mieux qu'Aristophane n'a peint ceux qui posaient devant lui : « Le peuple athénien, dit-il, en use avec ses serviteurs publics comme avec ses monnaies ; il préfère les nouvelles et mauvaises aux bonnes et anciennes (i).» Il n'est pas un de ses défauts qu'il ne relève, un de ses travers qu'il ne livre au ridicule, une de ses aspirations qu'il ne signale, un de ses traits qu'il ne retienne.
Voici le langage que Thucydide (^2) prête à Cléon, engageant ses compatriotes à punir la défection de Mitylène : « La faute en est à vous qui voulez ces funestes jeux (de la parole), à vous qui avez cou- Ci) Grenouilles^ 719.