‹ Les institutions d'AthènesChapitre 284 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

peuples n'est que la constatation de leur degré do rapprochement ou d'éloignemont de la vérité dont le premier homme avait reçu le dépôt, et que l'ignorance et les passions ont altérée.

Cette constatation est impossible pour un certain nombre de peuples dont les croyances et le culte sont, pour nous, enveloppés d'obscurités. Elle est difficile chez ceux-là même qui, comme les Grecs et les Romains, ont laissé, dans les lettres et les arts, le souvenir ou la constatation de ce qu'ils ont cru et pratiqué.

2. Nous avons des temples, des statues, des basreliefs qui ont survécu aux vieilles cités de la Grèce. Des inscriptions rappellent des fêtes et des sacrifices; des monnaies et des médailles portent des noms, des emblèmes, des attributs, des représentations qui jettent quelque clarté sur la foi et le culte. Les historiens et les poètes ont fait des récits et des descriptions dont Texactitude n'est pas douteuse, et dont l'effet est saisissant. Les philosophes ont donné la raison des croyances et essayé de pénétrer la signification des Mythes. Les documents de toute sorte abondent et offrent une infinie variété.

Et cependant, combien de lacunes, d'incohérences, d'obscurités, de contradictions! Que de choses humiliantes pour la raison humaine si jalouse de ses droits et si fière de sa puissance I

Point de symbole de foi, malgré le besoin qu'a l'homme de croire ; point de doctrine morale, malgré les effets désastreux des passions ; point de sanction dans une autre vie, excepté pour des crimes qui

dépassaient le niveau ordinaire ; point de règle qui détermine le domaine de la divinité, et qui dise à l'homme : tu n'iras pas plus loin (1).

Du côté des dieux, actions qui ne diffèrent de celles des hommes que par la puissance dont elles sont la manifestation; al)sence de tout respect pour les principes qui établissent l'ordre dans la société humaine ; passions violentes, vices honteux, haines, jalousie, injustices, subterfuges, qui n'empêchent ni les hommages, ni les offrandes, ni les sacrifices, ni la terreur. Et cependant, il y avait au fond une notion vraie de l'essence divine, et on la retrouve sous les croyances les plus fausses et sous le culte le plus extravagant.

C'est ce qui a fait dire à Pascal (2) : « La seule religion contre nature, contre le sens commun, contre nos plaisirs, est la seule qui ait toujours été. » C'est dans le même sens que Bossuet a dit (3) : « C'est ignorer les premiers principes de la théologie, que de ne pas vouloir entendre que l'idolâtrie adorait tout, et le vrai Dieu comme les autres. »

L'homme a un tel besoin de Dieu que, ne le comprenant plus dans son immuable unité, il essaie de trouver un dédommagement dans la multiplication de ceux à qui s'adresse son encens, et dans la diversité des pouvoirs qu'il leur attribue.

« L'idolâtrie, si nous l'entendons, dit Bossuet (4), prenait sa naissance de ce profond attachement que nous avons à nous-mêmes. C'est ce qui nous avait

(1) Voir SAIM Augustin, Cité de Dieu, I, 41, 43, 61.

(2) Pensées, art. XI, 9.

(3) Lettres, 256.

(4) Discours sur riîist. universelle, suite de la religion, ch. XXV.

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