‹ Les institutions d'AthènesChapitre 285 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

fait inventer des dieux semblables à nous; des dieux qui, en effet, n'étaient que des hommes sujets à nos passions, à nos faiblesses et à nos vices : de sorte que, sous le nom des fausses divinités, c'était, en effet, leurs propres pensées, leurs plaisirs et leurs fantaisies que les Gentils adoraient. »

Aussi, chaque jour apportait un dieu nouveau et multipliait les autels. Les contrées les plus lointaines, comme les villes les plus voisines peuplèrent l'Olympe grec. De l'Inde, du centre de l'Asie, de laPhénicie, de l'Egypte, de la Lycie, de l'Ionie, de la Phrygie, de la Thrace, vinrent des dieux et des cultes qui se haïssaient, luttaient pour la suprématie, et finissaient par devenir également nationaux.

Le peuple adoptait tout. Un Dieu était pour lui une protection, et toute protection devenait utile en présence des maux dont il était environné. Il s'agissait uniquement pour lui d'un peu d'encens, de quelques prières, de modestes offrandes. Il était amplement dédommagé par la sécurité qu'il acquérait, les espérances qui surgissaient en son cœur, et la joie des fêtes publiques auxquelles il prenait part. Chaque dieu nouveau enrichissait la cité par ses dons, car il fallait bien qu'il récompensât ses adorateurs, et dès lors toute importation étrangère était sûre d'être bien accueillie. L'erreur s'ajoutait ainsi à l'erreur, et l'homme était le perpétuel jouet de son ignorance, de son besoin de sécurité, de ses espérances et de ses terreurs.

3. Les écrivains dont le génie fait l'honneur de la Grèce, sont nos guides dans l'étude que nous avons

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à faire des transformations de la religion. Ils nous offrent d'abord une longue période pendant laquelle la religion populaire s'est lentement formée par le culte domestique, les importations de divers peuples et l'influence des créations poétiques. La foi était simple, absolue, intolérante, et l'intérêt individuel ne la protégeait pas moins que le sentiment patriotique.

Pendant une seconde période, le peuple a fidèlement gardé ses dieux et les pratiques extérieures du culte par lequel il les honorait. Mais les esprits cultivés dédaignant ce que la foule admettait, parce qu'ils n'y trouvaient point la satisfaction exigée par la raison et le cœur, se réfugiaient dans des croyances moins grossières ou moins poétiques, et la philosophie venait à leur aide, pour leur ouvrir, sans leur donner une solution, des idées plus élevées sur Dieu, sur la nature, sur l'âme.

Cependant, les mœurs s'étaient corrompues, la religion populaire avait perdu de son influence, quoique le culte fût observé dans ses plus minutieuses prescriptions, et la foule s'oubliait dans une indifférence qui laissait toute liberté aux pires instincts. Les intelligences d'élite, atteintes, elles aussi, du mal général, se montraient moins sincères et moins ardentes dans leurs recherches, et s'enfermaient dans l'asile séduisant et commode d'une incrédulité railleuse. Ce troisième état fut celui de la Grèce dans sa décadence.

Si l'on peut marquer ces époques dans cette histoire des erreurs de l'humanité, il y eut, même dans l'espace embrassé par chacune d'elles, un mouvement

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