CHAPITRE X
rieui'e. On se réfugiait dans une indifférence que l'on prenait pour de la sagesse, et qui menait au scepticisme, ou l'on recherchait avec plus de bonne volonté que de succès, des croyances qu'il eût été consolant de découvrir et de garder.
4. Les philosophes sont au premier rang parmi les hommes qui échappaient à l'erreur commune. Les poètes les suivaient de près, car eux aussi étaient les interprètes de la sagesse et les instituteurs du peuple. Mais combien cette sagesse chez les uns et les autres était courte, et quelles obscurités l'enveloppaient!
« Le vulgaire s'imagine que les dieux savent certaines choses et n'en savent pas certaines autres. Socrate croyait que les dieux connaissent tout, paroles, actions, pensées secrètes, qu'ils sont présents partout et qu'ils révèlent aux hommes tout ce qui est du ressort de l'humanité (1). »
Cette omniscience affirmée par Socrate est un des attributs du Dieu véritable, et il est vraisemblable que cette croyance qui se rattache essentiellement à ridée d'un Être supérieur aux hommes, était celle des intelligences cultivées que les passions n'avaient pas dévoyées.
Sur ce sujet qui domine tout, les philosophes de la Grèce ont exposé les opinions les plus contradictoires. Ils paraissent, par moments, toucher à la vérité, et puis ils s'en éloignent, de manière à inspirer autant de compassion que d'étonnement. On peut toujours les condamner par eux-mêmes.
Thaïes voit en Dieu l'âme du monde : Anaxi-
(1) Xenophon, Mémoires sur Socrate, I, 1.
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mandre, pour qui TÊtre primitif est l'infini, appelle les autres des dieux célestes. Démocrite croit Dieu un esprit igné , et Pythagore l'unité et le premier bien. Quant à ses attributs et à son action, ils diffèrent entre eux et ne sont pas d'accord avec euxmêmes.
Pour Socrate et Platon, Dieu est un, il a en luimême le principe de son existence. Il est l'unité et le véritable bien, esprit séparé et distinct de la matière. Platon l'appelle Éternel, non engendré, père, créateur du monde et de tout ce qui existe.
Pour Aristote, Dieu est une forme distincte placée au-dessus de la sphère de l'univers. Il voit en lui <( un acte pur, » et l'univers se meut vers lui par l'omnipotente attraction du désir. Il croit que « la félicité suprême de Dieu ne dépend pas de biens extérieurs, mais est toute en lui-même et dans l'essence de sa propre nature (1). » Il met au même rang l'action de Dieu et celle du monde, « qui n'ont rien d'extérieur et restent concentrés en euxmêmes (2). »
Quant à Épicure, il donne à Dieu une forme humaine, la plus parfaite de toutes, mais elle échappe à nos regards.
Pour tous, il y a , au milieu de quelques vérités, des erreurs déplorables. Ils ne sont pas d'accord avec eux-mêmes. Ils ont peur des lois et de leurs contemporains. <( Il est vrai, dit Bossuet (3), que les philosophes avaient à la fin reconnu qu'il y avait un autre Dieu que ceux que le vulgaire adorait; mais ils
(1) Politique, IV, 1, 5. (i) Politique, IV. 3, 6.
(3) Histoire universelle^ suite de la religion, ch. XVI.