CHAPITRE X
n'osaient l'avouer. Au contraire, Socrate donnait pour maxime qu'il fallait que chacun suivît la religion de son pays (1). Platon, son disciple, qui voyait la Grèce et tous les pays du monde remplis d'un culte insensé et scandaleux, ne laisse pas de poser comme un fondement de sa république, « qu'il ne faut jamais rien changer dans la religion qu'on trouve établie, et que c'est avoir perdu le sens que d'y penser (2).... » Quand Socrate fut accusé de nier les dieux que le public adorait, il s'en défendit comme d'un crime (3)^ et Platon, en parlant du Dieu qui avait formé l'univers, dit qu'il est difficile de le trouver et qu'il est défendu de le déclarer au peuple. »
La perpétuité de l'erreur tient, indépendamment des passions humaines, à cette croyance qu'il n'était pas permis d'abolir un culte établi.
Plutarque, qui a exposé, d'une manière souvent superficielle, les opinions des principaux philosophes sur toute sorte de sujets, s'est approprié ce qu'ils avaient dit de meilleur et de plus complet sur Dieu. Voici ce que l'on pcutextraire de ses divers ouvrages :
Il n'y a point en lui de temps ; sous des noms divers, il n'y a qu'un Dieu. Pour en avoir une idée, il faut s'élever au-dessus de tout ce qui est dans la nature. Les êtres inanimés lui servent à manifester ses volontés.
Il est la plus parfaite des causes. Il découvre aux sages ses volontés, sans se servir de la parole. Il est peut-être l'auteur du mal.
(1) XÉHOPHON, Mémoires sur Socrate, 1.
(2) Platon, des Lois, liv. V.
(3) Apologie de Platon et de Xénophon.
558 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
« Nous ne croyons pas que les dieux soient différents chez les différentes nations, qu'il y en ait de particuliers pour les Barbares et pour les Grecs, pour les peuples du nord et pour ceux du midi. Comme le soleil, la lune, le ciel sont communs à tous les hommes, quoique chaque nation leur donne des noms différents, de même, cette raison suprême qui a formé l'univers, cette providence unique qui le gouverne, ces génies secondaires qui en partagent avec elle l'administration, ont chez les divers peuples des dénominations et des honneurs difterents que les lois ont réglés (1). »
Il ne faut parler de Dieu qu'avec retenue et respect. Il se sert des méchants pour ses desseins; ensuite il les punit. Il ne se hâte pas toujours. Il envoie en avant le remords, qui est la première peine. Les châtiments de toute espèce pour les crimes ne viennent qu'après.
Il punit et récompense quelquefois dans leurs enfants ceux qui ont fait le bien ou le mal. S'il favorise certains hommes plus que d'autres, il n'est jamais injuste envers personne.
Outrager Dieu par ses paroles ou par ses actes, dotiner à ses passions le nom de Dieu, c'est une faute dont on porte la peine.
La croyance aux dieux est aussi ancienne que le monde, et partout établie. La crainte des dieux est un frein salutaire, et l'idée de leur bonté est, pour nous, une source de bien.
On doit demander aux dieux de les connaître. C'est un bien pour l'homme que cette connaissance, car
(Ij D'L/.* et cVOsiris.