‹ Les institutions d'AthènesChapitre 289 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

elle fait naître le désir de partager leur félicité.

Le nom de Dieu revient fréquemment dans les Œuvres morales de Plutarque, et leur donne un caractère de piété qui manque en général aux écrits philosophiques des Grecs. Seul, avant lui, Platon avait parlé de Dieu avec son cœur autant qu'avec sa raison. Plutarque, d'ailleurs, appartient à une époque où, même en restant païen, on était involontairement pénétré de la vérité que le christianisme répandait dans le monde (1).

En exprimant les idées des autres, en énonçant les siennes, il était l'homme de son temps, et peut-être accorderions-nous trop aux philosophes dont il est l'interprète, en leur attribuant toutes les opinions que Plutarque nous a transmises sous leur nom.

Il croit que les hommes ont tiré de la nature la connaissance de Dieu ou des dieux , car il emploie indistinctement ces deux formes. « Les hommes, dit-il, en voyant cette belle et constante harmonie qui règne dans le ciel, les astres et les saisons, dans les révolutions périodiques du soleil autour de la terre, qui forment les jours et les nuits, dans la nourriture des animaux, et dans la production des fruits de toute espèce, voyant qu'ils ne pourraient rien blâmer dans ce système du monde, n'ont pu s'empêcher de reconnaître qu'un Dieu présidait à l'univers ('2). » Il attribue ces paroles au^ sage Anacharsis : « Gomme le corps est l'instrument de l'âme, l'âme est l'instrument de Dieu; et, de même que dans les divers mouvements du corps, si les uns

(1) 11 vivait de 50 à 140 après J.-C.

(2) De la superstition.

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sont purement mécaniques, la plupart et les plus beaux sont commandés par l'âme; ainsi, l'âme, l'instrument le plus noble de tous, agit, tantôt par ellemême, tantôt sous les ordres de Dieu, qui la meut et la gouverne à son gré (1). »

Dans un autre ouvrage (2), il attribue à Platon ce mot que nous chercherions en vain dans ce qui nous reste de lui : « Dieu agit en géomètre. » Il s'explique en disant qu'en effet, Dieu donne à chacun selon son mérite, en se réglant sur une proportion conforme à une loi éternelle et à la souveraine raison.

Dans un traité fort ingénieux et plein de renseignements de toute sorte (3), il dit : « Si les poètes prétendent que

Les dieux sont pour le sage un objet de terreur,

il vaudrait mieux dire :

Les dieux donnent au sage entière confiance.

Ils ne sont un objet de terreur que pour les imprudents, les insensés et les ingrats qui redoutent comme nuisible cette puissance suprême, source et principe de tout bien. »

Il y a pour lui, comme pour Varron, la religion physique, la religion fabuleuse, la religion politique. « La première, dit-il, nous est donnée par les philosophes, la seconde par les poètes, et la troisième, qui n'est autre chose que les lois religieuses mêmes,

(1) Banquet des; sept sages.

(2) Propos de table.

(3) Manière de lire les j)oètes.

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