‹ Les institutions d'AthènesChapitre 295 sur 335 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

les murs sacrés d'Ilion, où respirent Priam et le peuple de ce roi belliqueux ; jamais mes autels n'y sont dénués d'offrandes et de libations; et les victimes y fument sans cesse ; honneurs qui sont le partage des Immortels (l). »

Ainsi Zeus est favorable aux Troyens, non pas parce qu'ils sont plus justes, ou qu'il trouve leur cause meilleure, mais parce qu'ils sont prodigues, à son égard, d'offrandes et de sacrifices.

Il est vrai que celte faveur tient à peu de chose. Pour une concession faite par Héré, Zeus abandonne ses protégés qui rompent la trêve, et deviennent criminels par l'inspiration de la déesse. Homère ne paraît pas plus étonné de cette perfidie que de tous les actes immoraux dont se compose la vie des dieux. Les lois humaines punissaient l'adultère, les violences, les vols, les meurtres, les rapts, la violation de la foi jurée. Chez les dieux, tout semble permis, et la morale qui règle les actions terrestres n'est pas faite pour les habitants de l'Olympe. Semblables en tout le reste aux hommes, ils ont sur eux un avantage plus précieux que l'immortalité. Supérieurs à toute loi morale, ils peuvent laisser au caprice et à la passion toute liberté, sans que leur autorité soit atteinte et leur droit diminué. Ils ne sont dieux que pour pouvoir tout faire.

Zeus, le plus puissant des Immortels, « celui dont le regard parcourt l'univers (2), » oublie ce qu'il doit faire et ce qu'il a promis, afm d'éviter une querelle avec (d'audacieuse » Héré. Lorsque sa fâcheuse

(1) Iliade, chant IV.

(2) Iliade, chant Ie^

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condescendance a fait vaincre les Troyens cl périr Hector, il revient à des sentiments plus conformes aux règles ordinaires de la justice, mais les faits n'en sont pas moins accomplis.

Hector est tombé sous les coups d'Achille. Son corps, traîQé devant Troie sous les yeux de tous les siens, a été indignement outragé. La colère d'Achille est implacable, et la mort de son ennemi ne lui suffit pas. Patrocle doit être vengé par l'indigne traitement infligé au cadavre de son vainqueur. Et cependant Zeus ne veut pas que celui qui s'est montré si pieux envers lui, soit privé des honneurs de la sépulture.

(( Hector, dit-il presque dans les mêmes termes qu'au iv^ chant, était le plus cher des héros aux Immortels ainsi qu'à moi. Jamais il n'oubliait de nous présenter de gracieuses offrandes ; jamais mon autel n'a manqué des mets qui conviennent aux Immortels, de libations, de fumet de chairs rôties ; car telle est la récompense qui nous est échue en partage (1). »

Tels sont, dans la poésie primitive , les rapports des hommes avec les dieux. Les habitants de l'Olympe ne se mettent pas en peine de la moralité des actes, ils n'apprécient pas les intentions, ils ne sondent pas les cœurs. Ils veulent être honorés extérieurement. Ils exigent de la piété intéressée de l'homme que leurs autels fument, que les victimes abondent, que les offrandes soient fréquemment renouvelées. C'est à ce prix qu'ils accordent leurs faveurs.

Ils réclament aussi certaines vertus dont ils ne donnent pas l'exemple; ou plutôt, ils sont les vengeurs peu autorisés de ces vertus outragées. La jus- (1) //?rtc/e, chant XXIV.

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