‹ Les institutions d'AthènesChapitre 296 sur 335 · C II A P I T R E X · texte numérisé non relu

C II A P I T R E X

tice est sous leur sauvegarde. Ils punissent le parjure et l'iniquité. Ils visitent la terre pour s'assurer que la justice y règne. Les hôtes, les malheureux, les mendiants, les exilés, les suppliants sont aimés de Zeus et assurés de la protection des autres dieux. C'était, sans doute, une espèce de loi morale sanctionnée par la puissance divine, mais nul habitant de l'Olympe ne lavait proclamée, nul ne pouvait la recommander.

La loi morale venait donc de plus haut qu'eux, et ils n'étaient que les exécuteurs inconséquents d'une volonté supérieure.

Les poètes tragiques, de beaucoup postérieurs à Homère, et qui donnent une large place aux idées morales, expriment cependant les mêmes sentiments. La puissance aveugle et souveraine du destin, la moralité des actes des hommes, les droits de la justice viennent prendre leur place à côté des exigences jalouses des dieux. Ils ne cessent pas d'être personnels, jaloux de leurs droits, soucieux de leur culte, impitoyables pour ceux qui les négligent, les outragent ou prétendent s'égaler à eux, mais on sent que la responsabilité humaine se dégage et qu'elle ne tardera pas à s'affirmer.

Le culte n'est plus l'objet exclusif de leur surveillance active sur les hommes, et ils commencent à regarder dans les cœurs ; mais si le témoignage extérieur de la cité n'a rien perdu de son importance, et si les liens par lesquels des dieux moins grossiers et un peu plus dignes des hommages et des sacrifices s'eftbrcent de relier la terre au ciel, sont plus nombreux, les premiers ne sont pas rompus.

Œdipe dit à Gréon : « Au milieu de ces éloges

— pour Thésée et le gouvernement d'Athènes, — il en est un que tu oublies, c'est que les dieux ne reçoivent nulle part plus d'honneurs que dans cette ville (1). »

Que les hommes, justes et injustes, aient toujours également immolé des victimes et fait des offrandes aux dieux pour obtenir leur protection, il n'y a rien d'étonnant : on a vu, dans tous les temps , ceux-là même dont les intentions étaient les moins pures, essayer de tromper les autres, les dieux et euxmêmes.

Mais ces exigences de prières, d'offrandes et de sacrifices, le succès assuré par la protection des dieux à celui qui aura été le plus rigoureusement fidèle aux rites, qui se sera montré le plus généreux pour les autels, la conviction que la piété consiste tout entière dans ces témoignages extérieurs, tout cela constitue le caractère essentiel et distinctif de la religion de la Grèce. La piété, c'est la fidélité au culte établi et la rigoureuse observation de tous les rites. On peut, à ces conditions, se dispenser de tout le reste. Qu'importe le cœur, qu'importent les actes, pourvu que les mains soient pleines d'offrandes, que le sang des victimes coule abondamment sur les autels, et que tout soit fait conformément aux prescriptions de la tradition?

2. Le nombre des dieux était infini, et Bossuet a pu dire avec raison : a Tout était dieu, excepté Dieu même, et le monde , que Dieu avait fait pour manifester sa puissance, semblait être devenu un temple

(1) Œdipe à Colone, p. 1105.

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