‹ Les institutions d'AthènesChapitre 299 sur 335 · CHAPITRE X o · texte numérisé non relu

CHAPITRE X o

Ou ces vérités si nettement exprimées, débris de la révélation primitive, restèrent enfermées dans les enseignements secrets des mystères, ou elles sont d'une époque, dans laquelle, pour mieux combattre le christianisme, on puisait dans sa doctrine, expédient que les modernes connaissent.

4. La seconde théogonie est celle d'Hésiode. Elle est authentique, et porte l'empreinte d'un âge de foi.

Qu'Hésiode ait vécu au x^ ou au ix*^ siècle avant Jésus-Christ, qu'il ait été antérieur à Homère, ou son contemporain, qu'il lui soit postérieur d'un siècle, qu'il ait composé sa théogonie, ou qu'elle soit formée de fragments déjà connus, elle offre un ensemble précieux, une série de noms et de faits se succédant avec ordre, et constituant un tout dont les parties sont dans une parfaite correspondance.

Hérodote dit au sujet de cette théogonie : « D'où chacun des dieux a-t-il tiré son origine? Furent-ils de tout temps et quelles étaient leurs figures? Les Grecs ne le surent que fort tard. C'est Homère et Hésiode, que je ne crois pas plus anciens que moi de quatre cents ans (1), qui ont donné aux Grecs leur théogonie, aux dieux leurs surnoms, et déterminé leur rang, leurs occupations et leurs attributs (2). »

Homère et Hésiode ont le même accent de sincérité. Hs croient aux dieux dont ils racontent l'histoire, et, soit qu'ils l'aient embellie, soit que nous devions voir en eux les interprètes de la piété populaire, la foi qui les inspire est devenue communicative, et la légende a été définitivement fixée.

(1) Hérodote a vécu de 484 à 406. (2) II, 53.

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La théogonie d'Hésiode est un poème, qui racoiite comment Zeus acquit l'empire divin et régna souverainement sur les dieux et sur les hommes.

Les événements qu'elle se contente d'énoncer (1), s'accomplissent hors de la sphère où vit la race humaine ; mais tout y est régi par une force supérieure, à laquelle les dieux mêmes sont contraints d'obéir.

Plus tard, Pindare dira (2) : « C'est des dieux que vient toute force vive à toute vertu humaine ; c'est par eux qu'on est savant, robuste, habile parleur. » Dans Eschyle (3), Étéocle, courant au fratricide, s'écriera : « Ma place est marquée, les imprécations d'un père me poursuivent.... Les dieux précipitent l'événement fatal.... Le vent de la colère s'élève et pousse sur les flots du Cocyte la race de Laïos. » Et Néoptolème, contemplant les malheurs de Philoctète, en découvrira la cause (4) : « J'y vois un effet de la volonté divine. Les dieux n'ont pas permis que Philoctète pût lancer contre Troie ses invincibles flèches, avant que le jour de cette ville fût venu. »

Pour Hésiode, pour Homère, au-dessus des dieux, dans une demeure inaccessible, sans prédécesseur et sans descendant, souverain, immuable, dans sa puissance aveugle et solitaire, le destin régnait. L'imagination n'a pu lui donner une forme, et la piété effrayée n'a pas essayé de comprendre. L'idée du destin devait naître de l'inflexible nécessité de cer-

(l) Elle se compose d'un millier de vers. (%) Première Pythique.

(3) Les sept devant Thèbes.

(4) Sophocle, Philoctète.

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