‹ Les institutions d'AthènesChapitre 300 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tains événements. L'homme eût voulu les empêcher, parce qu'ils contrariaient ses intérêts ou blessaient ses affections. Impuissant, il crut à une volonté aveugle et irrésistible, placée au-dessus de lui, et il trembla devant elle, attribuant à un caprice souverain ce qui résultait de causes inconnues.

L'Asie donna un rôle immense à la fatalité , et toutes ses religions portent l'empreinte de cette influence qui faisait de la divinité un tyran, et de l'homme son misérable jouet.

Dans Homère, le destin gouverne le monde, et les dieux se bornent à reconnaître ses arrêts et à les faire respecter. Il y a cependant chez les dieux une résistance secrète lorsque leurs desseins sont contrariés. Il y a chez les hommes des attaques plus hardies. Patrocle est sur le point de prendre Troie malgré le destin (1), l'Olympe tout entier descend pour arrêter Achille, dont Zeus a dit : « Il est transporté de rage à cause de la mort de son ami, et je crains qu'il ne renverse les remparts d'Ilion malgré la destinée (2). »

La réaction contre ces idées exclusives de toute justice, soit que le destin règne souverainement, soit que les hommes luttent avec audace, quoique vainement, contre lui, se produit dans Homère même. La responsabilité humaine est proclamée par le père des dieux. Devant les Immortels rassemblés dans son palais, Zeus s^écrie : « Hélas! comme maintenant les mortels inculpent les dieux! ils osent dire que leurs maux viennent de nous, et c'est leur propre perver-

(1) Iliade, ch.XVJ.

(2) Iliade, cb. XX.

site qui, outre le destin, attiresureuxlesmalheurs(l).)) La liberté est placée déjà à côté de la nécessité, pour en atténuer les effets. Elle ne tardera pas à être pour l'homme le signe de sa supériorité sur la nature.

Les dieux ont un corps comme les hommes, et ce corps a les mêmes besoins. Ils ont des passions, et ces passions déterminent des actes criminels, qu'ils peuvent impunément se permettre.

Êpicurc, cité par Cicéron (2), donne la raison de l'anthropomorphisme dont les poètes ont été les interprètes habiles et féconds, plutôt que les inventeurs. « Les dieux, étant des êtres parfaits, ne pouvaient choisir entre les formes des corps que les plus admirables ; mais aussi, ils ne pouvaient choisir d'autres formes que celles qui sont devenues propres au corps humain. Quand nous cherchons ce que la nature a produit de plus achevé, pouvons-nous concevoir autre chose que la proportion et la grâce du corps de l'homme? Y a-t-il quelqu'un qui, soit en songe, soit autrement, ait pu se représenter les dieux sous une autre forme? »

Aristote dit, au contraire : « Les hommes n'ont pas manqué de donner leurs habitudes aux dieux, de même qu'ils les représentent à leur image (3). »

Ces questions n'occupaient ni les auteurs de théogonies, ni les fidèles serviteurs de ces dieux à forme humaine.

5. « D'abord, dit Hésiode, dans l'ordre du temps, vint Chaos, puis Gœa, la terre vaste, solide et plate,

(1) Odyssée, ch. I. (2) De nalura Deoriim.

(3) Politique, I, 1, 7.

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