‹ Les institutions d'AthènesChapitre 3 sur 335 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

Les anciens s'attachaient peu àexposcr lesinslitulions des peuples dont ils écrivaient l'histoire. Jaloux d'intéresser autant que d'instruire, ils racontaient, avec quel charme et quelle perfection, tout le monde le sait, les événements et les actions des hommes. Ils jugeaient inutile d'indiquer les conditions du pouvoir et son organisation , de parler des attributions des magistratures et du jeu des institutions.

C'est ce que nous désirons savoir aujourd'hui. Le perpétuel mouvement de notre vie politique nous fait rechercher, sinon les leçons, du moins les spectacles que contient l'histoire, et dussions-nous n'en tirer aucun profit, nous voulons pénétrer au fond des sociétés et toucher, une à une, les causes de leur grandeur et de leur chute.

Athènes a droit, plus que toute autre ville, à notre attention. L'inlluence qu'elle a exercée sur le monde a été surtout intellectuelle et morale. Aussi n'est-ellc pas tombée avec son indépendance, et, soumise à Rome, elle n'en a pas moins dominé par sa politesse et son esprit. Les siècles ont passé sur elle sans lui enlever sa couronne littéraire et artistique. Les dynasties s'en vont, les villes disparaissent ou se transforment, les dominations s'écroulent, les œuvres du génie restent, jeunes, vivantes et fécondes.

C'est la gloire d'Athènes, et peut-être notre récit permettra-t-il d'en saisir le caractère et la grandeur. Le génie se rattache à sa patrie et à son temps.

vin PRÉFACE

quoique, par ses inspirations et par ses œuvres, il appartienne à tous les siècles. Les institutions d'Athènes nous permettront do comprendre les grandes choses qu'elle a faites et les hommes supérieurs qu'elle a contribué h former : ceux-ci , à leur tour, nous expliqueront les conditions et les effets de la culture antique, a Dans la naissance des sociétés, a dit Montesquieu (1), ce sont les chefs de république qui font l'institution, et c'est ensuite l'institution qui forme les chefs de république. Il est donc impossible de les considérer séparément.

Athènes a été souveraine par l'esprit. L'histoire des institutions nous donnera le secret de cette domination pacifique et bienfaisante, avec autant déraison et d'autorité que l'histoire littéraire. Si de cette exposition se dégage une physionomie nette, distincte, vivante, si Athènes apparaît telle que l'avaient faite son génie et ses grands hommes, si nous la voyons se mouvoir dans sa souple liberté, tantôt sage et clairvoyante, tantôt imprudente et sans mesure, si nous comprenons malgré la grandeur de la culture antique ce qui lui a manqué de vérité religieuse et de moralité, peut-être ce travail n'aura-t-il pas été inutile.

(1) Considérations sur les causes de la grandeur cl de la décadence des Romains.

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