CHAPITRE II i
intellectuel et moral. Une étude, même superficielle, de la société antique ne nous montre pas en elle l'accord parfait et l'exact équilibre de ce triple élément. Il y aura par conséquent toujours, même dans l'éloge le plus enthousiaste, une ombre que nous ne pouvons, ni ne voulons éloigner.
Nous croyons aux vertus naturelles des païens, et nous les admirons dans leur obscure simplicité, comme dans leurs éclatantes manifestations. Nous reconnaissons la grandeur du patriotisme , et nous admirons les sacrifices héroïques qu'il inspire. Le poète nous émeul et nous charme, l'historien nous entraîne et nous instruit, le philosophe nous étonne par la profondeur de ses conceptions et nous ravit par la hauteur de ses vues; l'artiste, qu'il élève un monument admirable dans sa perfection, ou qu'il l'orne par son ciseau de chefs-d'œuvre immortels, décourage l'imitalion et donne à l'âme les plus douces jouissances.
Il n'est pas jusqu'aux objets de l'usage le plus commun , que le génie des Grecs n'ait touchés et n'ait rendus dignes de notre attention.
C'est ce qui explique l'intérêt qui s'attache à tout ce que l'antiquité nous a laissé. Nous n'avons, bien souvent, que des ruines, des fragments mutilés, des inscriptions incomplètes, mais comme tout cela est recherché avec soin, étudié avec amour, comparé et reconstruit par la science ou par l'imagination!
Il ne s'agit pas ici d'une admiration banale qui s'attache à tout ce qui vient de loin dans le temps ou dans l'espace, mais de l'attention réfléchie accordée à tout ce qui porte le caractère du beau, ou peut servir à une explication historique. On comprend dès lors
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que tout devienne intéressant, et qu'on ne laisse jamais perdre la leçon écrite sur le sol ou renfermée dans les ouvrages arrachés à l'injure des ans.
Ces deux genres de documents se prêtent un appui mutuel et s'expliquent l'un par l'autre. Si nous aimons à entendre louer Athènes par ses enfants, par ceux dont la gloire se rattache à la sienne, nous ne serons pas moins jaloux de suivre sur ses ruines l'histoire de son culte, de ses généraux, de ses hommes politiques, et la résurrection de l'Athènes antique à côté de la ville gui a gardé son nom glorieux, sera l'explication de son esprit, de ses mœurs, de ses lois et de ses institutions. Nous ne pouvons oublier la grande idée que la Grèce tout entière se faisait d'Athènes. Ce que l'amour de la patrie inspirait à Périclès, la vérité l'imposait à tous. « Pour me résumer, disait-il, Athènes est l'école de la Grèce (1) . » Ce droit d'enseigner et de servir de modèle, on le reconnaissait sans peine, et si Athènes en était fière, toutes les cités en faisaient leur profit. Ainsi, la Grèce n'aurait pas à se plaindre, si on pensait d'elle ce que Ton pense d'Athènes.
2. Nous n'avons pas d'Athènes, au point de vue politique et matériel, d'éloge plus complet et plus justifié que celui qui remplit le Panégyrique, œuvre d'Isocrate (2).
Il loue Athènes d'être la ville la plus ancienne de
(1) Oraison funèbre, Thucydide, II.
(2) Il fut écrit au milieu des dissensions d'Athènes, et lorsque l'ambition de Philippe menaçait la liberté de toute la Grèce, en lui faisant voir comme une espérance prochaine, ou comme une compensation précieuse, la conquête de l'Asie.