CHAPITRE XI
des danses bruyantes, qui parcourt les prairies plantées d'arbres, avec les nymphes accoutumées à former des chœurs (1), » il fut présenté aux dieux enveloppé dans la peau velue d'un lièvre de montagne. « Tous les dieux, en leurs âmes, furent charmés et surtout Dionysos ; ils lui donnèrent le nom de Pan, parce qu'il les avait tous réjouis. »
Rien n'est plus mystérieux que l'histoire de ce dieu, dont le nom se prête à des interprétations si diverses. Était-il originaire de l'Arcadie, où il faisait de préférence son séjour? Plutarque reproche à Hérodote de l'avoir amoindri, ainsi qu'Hercule et Dionysos. « Il dit bien que ce sont des dieux, mais qu'étant d'une nature mortelle, il faut leur faire des libations comme à des héros, et non leur offrir des sacrifices. Il en dit autant de Pan, confondant ainsi les objets les plus augustes et les plus respectables de la religion des Grecs, avec les fables vaines et ridicules des Égyptiens (2). »
Sous l'influence asiatique, Pan devint un dieu mal défini, mais dont la puissance , et peut-être aussi l'essence, embrassait tout. Il se distinguait ainsi des autres dieux, auxquels, du reste, il ne se mêlait pas.
Pan devint un dieu suprême, souverain, principe de tout, universel, en qui tout était contenu. Sous son nom se cachait une doctrine que la Grèce n'accepta pas, mais à laquelle elle touche par des points nombreux.
Plutarque semble avoir eu sur ce sujet des opinions qu'il n'a pas exprimées, parce qu'elles étaient
(1) Hymnes homériques y XVIII. •
(2) Dg la malignité d'Hérodote.
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en opposition avec celles de son temps, ou parce qu'il croyait qu'elles ne devaient pas être hautement énoncées.
Il raconte (1) que, pendant la navigation du grammairien Émilianus en Italie, au moment où le vaisseau passait entre les îles de Leucadie et de Corcyre, tout le monde étant éveillé, on entendit une voix., appelant le pilote Thamos. Il ne répondit qu'à la troisième fois, et la voix, avec plus de force, lui cria : « Annonce que le grand Pan est mort. » Tous les passagers furent effrayés, et Tibère, averti de cet événement, fit faire les plus actives recherches pour savoir quel était ce grand Pan. »
Si Pan inspirait, par ses irruptions subites, ces terreurs qui ont gardé son nom, il se mêlait aux hommes.
« Je suis musicien, lui fait dire Lucien (2), et je joue fort agréablement de la flûte ; Dionysos ne peut pas faire un pas sans moi; il m'a choisi pour ami et compagnon de ses danses, et j'en conduis les choeurs. Si vous voyiez les troupeaux que je pais sur le Tégée et le Parthénios (3), vous en seriez ravi. Je suis le maître de toute l'Arcadie ; dernièrement, j'ai combattu pour les Athéniens, et je me suis tellement distingué à Marathon, que, pour prix de mon courage, on m'a consacré la grotte qui est sous l'Acropole. Si jamais vous allez à Athènes, vous verrez comme on y vénère le nom de Pan. »
(1) Pourquoi les oracles ont cessé.
(î) Dialogue des dieux, XXII.
(3) Montagnes d'Àrcadie. Pan était particulièrement honoré dans la ville de Tégée.