‹ Les institutions d'AthènesChapitre 313 sur 335 · CHAPITRE XI 6H · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI 6H

mois, la lune divine, après avoir baigné son beau corps dans l'Océan, revêtue de vêtements splendides, ayant attelé ses chevaux lumineux, les pousse en avant avec ardeur; elle est alors dans son plein ; elle s'est entièrement accrue et lance des cieux sa plus vive lumière (1). »

Les Muses habitent l'Hélicon. Filles de Zeus, elles forment à Apollon un cortège gracieux, a Heureux celui que les Muses aiment! De doux accents coulent de ses lèvres (2). »

Hébé verse aux dieux le nectar; les montagnes et les fontaines ont leurs nymphes, les forêts leurs Dryades, l'Océan, sous l'autorité souveraine de Poséidon, des divinités qui se cachent dans les grottes, ou glissent à la surface des eaux, l'air ses génies, le feu ses Cyclopes, les enfers des monstres, instruments des vengeances divines. Le monde est peuplé de dieux, et dans l'imagination du poète, comme dans le cœur du père de famille, de la mère remplissant ses tendres et pénibles fonctions, du berger qui garde son troupeau, de l'ouvrier qui travaille les métaux, le bois, la pierre, la laine, du chasseur qui poursuit les animaux utiles et les bêles dangereuses, du laboureur qui trace son sillon, du navigateur qui se confie aux flots, du magistrat qui rend la justice, du roi ou de l'archonte qui gouverne, du malheureux qui souffre, du mortel à qui la vie sourit.

Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage (3).

(1) Hymnes liomér., XXXII. (2) Hymnes hoynér., XXIV. (3) BoiLEAU, Art ijoétique, chant 111.

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Chaque dieu, quel que soit son rang, a une physionomie que la tradition lui conserve, des attributs, un séjour, un culte. Il vit véritablement, et celui qui l'honore par son encens, sa prière ou ses offrandes, n'a aucun effort à faire pour le voir; il sait son histoire, les lieux qu'il préfère, et s'il le" trouvait parmi des mortels, il le distinguerait à la majesté ou à la grâce, à l'éclat ou à la force.

Lorsque le peintre et le sculpteur représentent les dieux, ils mettent, même dans la laideur, quelque chose qui l'empêche de déplaire, et qui, laissant bien loin la réalité humaine, conserve à la divinité le privilège d'inspirer l'admiration elle respect. Athènes, qui cherchait le beau partout, ne devait-elle pas l'exiger de ceux qui, dans les vers, le bois, le marbre, l'ivoire et l'or, faisaient revivre les objets de sa vénération?

Après ces êtres réels viennent des êtres imaginaires que la poésie a créés, et que la foi a fait vivre, rson seulement

Chaque vertu devient une divinité (1),

mais la crainte, l'espérance, la joie, la tristesse, l'envie, la fureur, la renommée, la victoire, la force, s'élèvent au rang de divinités. Elles agissent sous nos yeux, et Fart n'aurait pas multiplié leurs images, que nous nous les représenterions telles que la poésie les avait faites.

L'idée du mal se rattachant toujours à celle du bien, et le laid à celle du beau, des êtres malfai-

(1) BoiLEAU, Art poétique, ch. III,

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