‹ Les institutions d'AthènesChapitre 316 sur 335 · C II A P I T R E X I · texte numérisé non relu

C II A P I T R E X I

Mais, en supposant que le poète d'Ascra ait été plus orthodoxe que l'aveugle de Smyrne, il faut faire une différence entre les deux œuvres. Homère n'écrivait pas un livre sacré :

Le poète et le peintre ont droit de tout oser (1).

Et cependant, il reste fidèle à la notion qu'il a des dieux, et il ne les montre jamais en désaccord avec eux-mêmes. Ils ne diffèrent des hommes que par quelques traits, et dans leurs paroles comme dans leurs actions, ils ne s'écartent pas de l'humanité. Les dieux d'Hésiode sont moins hommes, parce que c'est dans une sphère plus élevée que se passent les faits merveilleux dont il est le narrateur.

Ulllade nous offre les dieux sous des aspects divers, mais toujours humains. Voici d'abord la puissance :

Lorsque Thélis vient implorer Zeus en faveur d'Achille, elle emporte une promesse. « Ainsi dit le fils de Chronos, et il baisse ses noirs sourcils. La divine chevelure s'agite sur la tête immortelle du roi. Le vaste Olympe tremble (2). »

Les dieux acceptent ce pouvoir. Héphaïstos dit à Héré, sa mère : « Si ce dieu qui lance le tonnerre du haut de l'Olympe, veut précipiter les immortels de leurs trônes, nul n'égale sa puissance.... C'est en vain qu'on résiste à Zeus. Je l'éprouvai lorsque,

(1) Horace, Art poétique, v. 9.

Pictoribus atque poetis

Qaidlibet audendi semper fuit aiqua potestas.

(2) Iliade, chant I".

volant vers toi pour te défendre, il me saisit et me précipita du seuil céleste (1). »

Il a lui-môme le sentiment de cette puissance, et ne manque pas de l'affirmer en présence des dieux qui l'auraient volontiers oubliée. Les Grecs viennent d'élever des murs et des fossés qui doivent les protéger. Zeus réunit les immortels sur le sommet de l'Olympe, et leur dit :

« Prêtez une oreille attentive à ma voix, et je vous ferai connaître ma volonté suprême. Qu'aucun de vous, ni dieu, ni déesse, ne tente de combattre mes ordres; soyez-y dociles; que, sans obstacle, je puisse accomplir promptement mes desseins. Celui qui s'écartera de la troupe céleste pour secourir les Troyens ou les Grecs, ne restera dans l'Olympe que couvert de honte et de blessures; ou je le précipiterai dans le ténébreux Tartare, lieux reculés que fortifient des portes et un seuil d'airain, abîmes profonds, autant au-dessous de l'empire des morts que le ciel est au-dessus de la terre. Il saura désormais que nul d'entre les dieux n'égale ma puissance. Pour vous en convaincre, je ferai descendre du ciel la chaîne éternelle d'or. Divinités réunies, essayez de la tirer à vous, suspendues à cette chaîne, et vous ne réussirez point, quels que soient vos efforts, à ébranler sur son trône Zeus, votre souverain maître ; mais si je m'en saisis, j'enlève avec elle et la terre et l'Océan; j'attache la chaîne au sommet de l'Olympe, et tout l'univers, en ma présence, est suspendu dans l'espace, tant je suis au-dessus des hommes et des dieux (2). »

(1) Iliade, ch. 1er. (g) Uiade, ch. VIII.

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