‹ Les institutions d'AthènesChapitre 317 sur 335 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Cette puissance suprême est hautement affirmée en toute occasion. C'est nécessaire, car les dieux ne respectent pas plus l'autorité que les hommes. Toute supériorité les gêne, à moins qu'elle ne réside en eux.

Du sommet de l'Ida, il voit Héré et Athéna secourant les Grecs.

« Je frapperai, dit-il avec colère, leurs coursiers rapides, et ils chancelleront devant leur char. Je les précipiterai elles-mêmes du haut de leur char, et le ferai voler en éclats ; dix années entières ne pourront effacer l'empreinte de ma foudre. Athéna saura qu'elle combat son père. Je suis moins courroucé contre Héré, car elle est accoutumée à contrarier mes desseins (1). »

Cette réflexion n'est-elle pas d'un homme dont le ménage est quelquefois troublé, et dont la volonté se heurte aux caprices d'une femme ? Le dieu descend, et il ne paraît pas lui en coûter beaucoup, à la réalité humaine.

Il avait dit cependant à Athéna : « Je veux 'toujours être doux pour toi (2). » Ses dispositions ne sont pas moins changeantes à l'égard de Héré. Il est vrai que tantôt il redoute sa colère et évite de la provoquer, et que tantôt il lui parle avec une irritation que justifient les exigences impérieuses et l'humeur hautaine de sa femme.

Pendant son absence, Héré et Athéna avaient excité la colère de Poséidon, et essayé, sans succès, de le rendre rebelle. A son retour dans l'Olympe, Zeus leur dit :

(l) Iliade, ch. VIII. ' (2) Iliade, ch. Vlll.

622 iNSTiTUTiOxXS d'athènes

« Jamais , telles sont mes forces et mes mains invincibles, jamais les dieux réunis de l'Olympe ne l'emporteraient sur moi. La terreur a énervé vos membres délicats, loin encore de l'aspect de la guerre, des faits éclatants. Je le déclare, ma menace eût été accomplie; frappées de la foudre, vous ne seriez point rentrées sur votre char dans l'Olympe, où s'élèvent les demeures des immortels (1). »

Cette puissance ne s'affirme ainsi que parce qu'elle est contestée. La révolte remonte à l'origine des choses. Chronos avait détrôné Ouranos, Zeus avait renversé Chronos, et les Géants se soulevèrent contre Zeus. Depuis, les dieux avaient supporté impatiemment le joug. Ils demandaient aux hommes une soumission et une obéissance dont ils ne donnaient pas l'exemple. Voilà pourquoi l'Olympe était aussi agité par la discorde que la terre.

Achille dit à sa mère Thétys : « Toi, si tu le peux, défends ton fils. Monte vers l'Olympe, et si jamais tu fus agréable à Zeus, par tes discours ou tes actions, implore-le en ce jour.

» Dans le palais de mon père, je t'ai souvent entendue te glorifier d'avoir, seule des immortels, écarté le plus terrible malheur du dieu des. noires nuées, lorsque les autres divinités de l'Olympe et surtout Héré, Poséidon et Athéna, tentèrent de l'enchaîner. Mais, ô déesse, tu accours, tu détaches ses liens, tu appelles soudain dans le vaste Olympe, le Titan aux cent bras, que les dieux nomment Briarée, et les hommes Egéon. Plus puissant que son père, il se place, fier de sa gloire, devant le fils de Chronos;

(1) Iliade, ch. VIII.

Page 1