CHAPITRE II
cette forme de gouvernement aux cités alliées ou soumises. Mais convaincue que sa supériorité tenait à l'esprit démocratique , elle conseillait de s'y soumettre, partout où sa voix pouvait être écoutée.
Athènes avait « un territoire aussi resserré par rapport au nombre de ses citoyens, que son empire avait d'étendue, et elle possédait deux fois plus de vaisseaux que tous les Grecs ensemble. » Cependant, elle ne fit jamais aucune entreprise contre ses voisins. Lorsque vaincue, elle fut à la disposition de Sparte, qui accumula sur elle les maux, « les Grecs commencèrent à déchoir. »
On évalue à quinze millions ses sujets et ses alliés au temps de sa grandeur.
La comparaison des traités faits par Athènes (1) avec les traités acceptés par Sparte (2), suffit à établir le bien et le mal qui résultèrent de la politique des deux villes.
Leur antagonisme fut mortel pour la Grèce, et le roi des Perses n'a rien négligé de tout temps pour l'entretenir. Athènes a résisté autant qu'il a dépendu d'elle, et le grand roi n'a jamais cessé de méditer sa ruine. « Il a porté les mains jusque sur les statues des dieux, pillé et embrasé leurs demeures sacrées.»
Sans doute, la conclusion de cet éloge est le conseil donné à Athènes de faire la guerre à l'Asie, sous la conduite de Philippe, mais cet hymne à sa gloire est-il moins vrai?
Les poètes tragiques n'avaient pas parlé autrement que le rhéteur du iv^ siècle, et le théâtre retentissait fréquem.ment des témoignages mis dans la
(1) CimoB, 449. (2) AQialcidas, 387.
5i INSTITUTIONS d'aTHÈNES
bouche des héros de tous les temps. Les historiens écrivaient pour la gloire d'Athènes, et Hérodote ne parlait d'elle et de ses exploits qu'après avoir préparé les esprits par le récit de ce que les autres peuples avaient offert de plus digne de mémoire. Pindare l'appelait le soutien de la Grèce (1), etPlutarque, la mère et la nourrice bienfaisante des arts (2); « elle inventa et fit connaître les uns, elle contribua à l'encouragement et aux progrès des autres. »
Les ennemis même d'Athènes ont chanté sa grandeur, et Sparte sa rivale a constaté une supériorité qu'elle ne pouvait méconnaître et dont elle se sentait accablée, par le traitement indigne qu'elle lui fit subir, lorsque le sort des combats la rendit victorieuse. Depuis le commencement des guerres médiques, elle avait compris que son influence perdait tout ce que gagnait celle d'Athènes, et combien de fois l'histoire ne constate-t-elle pas tout ce qu'il y avait d'injuste et de haineux dans ses paroles et ses actes contre sa rivale ! Est-il étonnant qu'elle se soit montrée implacable alors même que l'intérêt lui commandait plus d'égards ?
Rome traita sa conquête avec une espèce de respect, et par ce témoignage auquel les vaincus n'étaient pas habitués, elle mit le comble à sa gloire.
On connaît les beaux vers de Lucrèce qui chante Athènes mère de l'agriculture féconde, de ce qui charme la vie, des lois qui l'assurent, et des consolations qui la relèvent (3).
(1) Pldtarque, Apophthegmes des Lacédémoniens.
(2) Plutarque, Des Athéniens illustres.
(3) De naturâ rerum, VI, 2.