‹ Les institutions d'AthènesChapitre 320 sur 335 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La haine est-elle chez les hommes plus ardente et plus profonde ?

Mais les paroles ne suffisent pas. Les actes les confirment et les aggravent. Lorsque Ares va atteindre Dioraède, qui a déjà blessé une déesse, Héré avertit le héros grec. « Ne redoute maintenant ni Ares, ni les autres Immortels, lui dit-elle, car je veux être pour toi une protectrice attentive. »

Ainsi, c'est une déesse qui excite un mortel contre un dieu, assis comme elle dans l'Olympe. La solidarité n'existe pas plus entre les Immortels qu'entre les hommes.

« Les combattants marchent Tun contre Tautre ; bientôt ils se sont rapprochés. Ares, le premier, avide de carnage, se penche en avant et fait passer, au-dessus du joug et des rênes, sa javeline d'airain ; mais Athéna, de sa forte main, la saisit, et l'écartant du char, le fait frapper à vide. Alors, le robuste Diomède lance son trait, qu'Athéna pousse dans le flanc du dieu de la guerre, à travers sa ceinture. Le coup porte, la peau délicate est cruellement déchirée, et lorsque le héros ramène sa javeline, l'inflexible Ares jette un cri retentissant, comme le cri de neuf ou dix mille guerriers livrés à la fureur des batailles (1). »

11 faut remarquer le respect du poète pour les dieux, même quand il semble les mettre au-dessous des mortels. Diomède blesse Ares de sa lance, mais c'est une déesse elle-même qui guide le fer.

Le dieu blessé s'éloigne , atteint rapidement l'Olympe, et se plaint à Zeus. Il lui dénonce Athéna qui « a excité contre les dieux la rage insensée de (1) Iliade, ch. V.

628 INSTITUTIONS d'aTHKNES

Diomède. » Zeus s'irrite contre lui : « 0 le plus haïssable des habitants de l'Olympe, la discorde, la guerre, le carnage te sont toujours chers;» et cependant, il ne veut pas le laisser en proie à la douleur. (( Il commande à Pccon de prendre soin de son fds. Pi'eon, en versant sur la blessure des baumes salutaires, calme sa souffrance, car la mort n'a point de prise sur un dieu. Aussi promptement que, tourné par une main rapide, le lait liquide se caille, lorsqu'on y verse le suc du figuier, aussi promptement est guéri l'impétueux Arès(l). »

Ce n'était pas le premier attentat du belliqueux Diomède contre les habitants de l'Olympe. Aphrodite avait paru sur le champ de bataille, pour arracher Énée à son terrible ennemi. La fureur de Diomède ne respecte pas la déesse. « Il pousse son javelot qui atteint légèrement la tendre main d'Aphrodite. Le javelot pénètre à travers le voile divin qu'avaient tissé les Grâces, et lui effleure la peau. A l'instant, coule le sang immortel de la déesse, pure vapeur, tel que coule le sang des dieux fortunés qui ne se nourrissent pas des fruits de Déméter, ni ne s'enivrent de la liqueur enflammée du dieu des vendanges (2).»

Sur le char d'Ares, elle remonte dans l'Olympe, où sa mère Dioné lui dit avec douleur : « Hélas! les habitants de l'Olympe, en se portant de mutuelles atteintes, n'ont que trop à souffrir de la part des humains. » Et elle calme ses douleurs aiguës.

La vigilante Athéna éprouve d'autres sentiments. Elle devance Aphrodite. « Zeus, ô mon père, s'écrie-

(1) Iliade, ch. V.

(2) Ibidem.

Page 1