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CHAPITRE XI

t-elle, sans doute mes paroles vont exciter ton courroux. Si je ne me trompe, Aphrodite, en exhortant quelque Argienne à suivre les Troyens qu'elle chérit tendrement, en cherchant à séduire par ses caresses une jeune femme aux longs voiles, a déchiré avec une agrafe d'or sa main délicate. »

Zeus sourit, sans doute, de la bienveillante et véridique narration d'Athéna, et, s'adressant à Aphrodite : « Chère enfant, les hauts faits ne te sont pas réservés; laisse ces soins au fougueux Ares, à Athéna, et ne songe qu'aux tendres désirs, aux jeunes hyménées(l). »

Mais ce n'est pas assez. Les dieux, après avoir lutté sur la terre pour les guerriers qu'ils protègent, portent la guerre dans l'Olympe même. « Alors, la Discorde cruelle tombe de tout son poids sur les autres dieux, et souffle dans les cœurs des desseins opposés. Soudain, ils se heurtent avec un fracas terrible ; la vaste terre retentit; le ciel immense répète des sons stridents. Zeus les entend du haut de l'Olympe; il rit en son cœur, et se réjouit de voir les dieux livrés à la Discorde (2). »

Ce sentiment prêté à Zeus par le poète, n'est-il pas celui des hommes qu'agitent les passions ou qu'inspire la politique ? Ils aiment la discorde audessous d'eux, ils l'attiseraient même, si c'était nécessaire, afin d'établir d'une manière plus sûre et plus durable leur autorité. Tout ce qui nuit à leurs adversaires et les affaiblit se tourne en profit pour eux.

(1) Iliade, ch. V.

(2) IbicL, ch. XXI.

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Ares frappe Athéna, qui, avec une énorme roche, atteint à la gorge le dieu de la guerre. Aphrodite emmène Ares, « qui pousse de profonds soupirs et a peine à ranimer ses esprits. » Mais Athéna, « bondissant de joie, laisse tomber sur le sein délicat de la belle déesse sa forte main. Aphrodite sent son cœur défaillir et ses genoux plier. Les deux divinités, vaincues, gisent étendues sur les sillons fertiles. » Poséidon provoque Apollon qui recule, respectant le frère de son père. Artémis l'exhorte en vain. « Comment, chienne audacieuse, oses-tu t' arrêter devant moi? » crie Héré à Artémis; puis, « de la main gauche, elle saisit les deux bras de la déesse ; de la droite, elle enlève de ses épaules l'arc et le carquois ; et, en souriant, elle en frappe les joues de la déesse, qu'elle fait tournoyer (1). » Et ce combat se termine sans que Zeus soit intervenu pour ramener la paix. Penserait-il qu'il faut diviser pour régner ? La discorde entre les dieux assure son pouvoir.

L'homme, sans doute, même quand il connaît le vrai Dieu, est disposé à se le représenter tel qu'il est lui-même, avec ses pensées et ses sentiments, mais le polythéisme grec finit par perdre la notion de la divinité, et à ne la voir que sous des formes qui la rendaient, en lui conservant l'immortalité, absolument semblable aux hommes. Momsen (2) a donc eu raison de dire que les Grecs s'attachaient à la personne des dieux, plutôt qu'à l'idée de la divinité.

(1) Iliade, ch. XXI.

(2) Histoire romaine.

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