‹ Les institutions d'AthènesChapitre 322 sur 335 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les mythes, le monde et l'homme.

1. Au XVIII® siècle, Guérin du Rocher(l) a vu, dans l'histoire des dieux et dans les légendes de la Grèce, une contrefaçon des récits bibliques.

Assurément les relations entre l'Asie et la Grèce étaient anciennes et actives. Les traditions primitives se sont conservées chez les peuples qui ont occupé des pays nouveaux, et il est facile d'en retrouver des traces. Le peuple hébreu, par sa puissante constitution, par son isolement volontaire qui n'empêchait pas l'expansion de ses idées, par les livres dépositaires de son histoire, de sa foi, de son culte, exerçait une influence considérable chez ceux-là même qui n'avaient rien à craindre de lui. Objet d'admiration, de haine ou de curiosité, il était étudié plus que nous ne le croyons. Mais il faut une bonne volonté soutenue par l'esprit de système, pour voir dans toute la mythologie grecque une image des récits contenus dans la Bible et des vérités dont elle est dépositaire. Les vérités primitives ne se sont jamais complètement perdues. Il n'est pas étonnant que nous en retrouvions, particulièrement chez les peuples voisins du littoral asiatique, des vestiges nombreux. Jusque-là, Guérin du Rocher ne s'écartait ni de la vraisemblance, ni de la vérité. En pous-

(1) Hùtoire véritable des temps fabuleux.

635 INSTITUTIONS d'âTHÈNES

sant sa théorie jusqu'à des conséquences universelles, il l'a faussée.

Les écrivains de l'antiquité grecque ont, pour la plupart, voulu voir des mythes sous les croyances populaires aidées par les récits des poètes. Hérodote semble croire à la réalité de tout ce qu'il raconte. Les prodiges ne l'étonnent pas, et il ne néglige rien de ce qui peut augmenter la foi publique. C'est un poème qu'il écrit, et, quatre cents ans après Homère, il se montre aussi convaincu que lui des choses étranges qu'il rapporte.

Thucydide est moins croyant ou moins crédule. Les événements extraordinaires le laissent froid, et quoiqu'il n'essaie pas de changer le courant populaire, il ne se met pas en travers. H ne croit pas à une race humaine distincte de la race héroïque. Il juge, selon les idées de son temps et ses vues personnelles, ces hommes qui sont devenus des dieux. Il en voit la preuve dans leurs passions, leurs vertus, leurs vices. Il explique, par leur influence et par l'éloignement dans le temps ou dans l'espace, la supériorité qu'on leur a reconnue et le pouvoir divin qu'on leur a donné.

L'expédition des Argonautes, la guerre de Troie, les voyages d'Ulysse sont pour lui des événements politiques, dont l'audace et la grandeur ont frappé les esprits. Les forces de la nature, les hommes supérieurs, ceux qui avaient été puissants pour le bien et pour le mal, occupaient une sphère où l'imagination populaire les avait entourés de respect. La puissance de la tradition est telle, que le temps même n'avait pu l'atteindre.

Page 1