‹ Les institutions d'AthènesChapitre 326 sur 335 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

et debout pour la défense commune, mais divisée, sans aspirations généreuses, et sceptique pour ses dieux comme pour la liberté.

4. Les poètes et les philosophes ont exposé les croyances communes ou des systèmes particuliers sur la nature de Dieu ou des dieux.

La religion officielle et celle d'un petit nombre d'esprits ont ainsi trouvé des interprètes et des initiateurs. Pendant que la poésie enveloppait de voiles brillants des créations dont la raison devait rougir, la philosophie faisait descendre la sagesse sur la terre. Mais, comme cette sagesse était incomplète et souvent fausse, quoique supérieure à la religion politique!

A l'idée de Dieu se joint nécessairement celle du monde et celle de l'homme. Ce sont deux problèmes toujours présents, étroitement liés et qui s'imposent à l'attention. Comment l'antiquité les a-t-elle envisagés? Comment a-t-elle essayé de les résoudre?

Thaïes vit dans l'eau le principe des choses. Il a été appelé le premier des philosophes, non que personne, avant lui, n'ait traité de questions philosophiques, mais il fit de la philosophie un art, formula un système, et, suivant Diogène de Lacrce, discourut le premier sur la nature.

Anaximandre de Milet mit ce principe dans l'infini, Anaximène de Milet dans l'air, Anaxagore de Glazomèncs dans des homœoméries, ou parties similaires, et il s'exprime ainsi : a Toutes choses étaient dans un état de confusion ; l'intelligence les a divisées et mises en ordre (1). »

(1) Aristote, Physique, VIII, 1.

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Archélaos d'Athènes donne pour principe à la nature, l'air infini, Pythagore de Samos les nombres et leurs proportions ou harmonies, la monade et la dyade; Heraclite et Hippasos de Métaponte, le feu.

Épicure imagina des corps « qui ne sont aperçus que par la raison, qui n'admettent point de vide, qui, incréés, éternels et incorruptibles, ne peuvent ni se briser, ni se diviser, ni s'altérer (1). »

Empédocle reconnaissait quatre éléments : le feu, l'eau, l'air et la terre; deux principes, l'amour et la discorde, dont l'un unit les substances, et l'autre les sépare. « Il donne au feu et à l'éther le nom de Zeus, à l'air celui de Héré vivifiante, à la terre celui d'Hadès, et à l'eau celui de Nestis, qui est le principe de la fécondité humaine (2). »

Il croit le monde unique ; il ne le confond cependant pas avec l'univers. « Il en est seulement une petite portion, et le reste est une masse inerte et sans forme (3). »

Platon reconnaît trois principes : Dieu, la matière, l'idée ; Aristote la forme, la matière , la privation, et quatre éléments, auxquels il joint une cinquième substance de nature éthérée et immuable.

Zenon admet les quatre éléments, et, en dehors d'eux, un double principe : Dieu et la matière.

Aucun de ces philosophes n'indique le mode de formation de l'univers, et si quelques-uns recherchent l'agent qui a mis en ordre et en mouvement la matière, nul ne remonte à un principe créateur. Il

(1) Plutarque, Opinion des philosophes , I, 3.

(2) Ibidem.

(3) Ibid., I, 5.

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