‹ Les institutions d'AthènesChapitre 327 sur 335 · CHAPITRE xr · texte numérisé non relu

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était plus simple de croire la matière éternelle. Débrouillée, ordonnée par sa force propre, ou par celle d'un Dieu, elle devenait, après un travail plus ou moins long, le monde, dont ils admiraient la proportion, l'économie, et dont ils s'efforçaient de surprendre les lois. Certains physiologues de nos jours ne sont pas allés plus loin.

Les Épicuriens ont voulu expliquer de quelle manière s'est constitué le monde, dans les conditions où nous le voyons. Les atomes étai«nt mus sans intelligence autour d'un même point; ils se réunirent et prirent différentes figures. Les plus pesants occupèrent le bas; ceux qui étaient légers, ronds, polis, s'élevèrent. La réunion et la réflexion naturelle de ces derniers formèrent le ciel et produisirent les astres.

« Le grand nombre de corps qui s'élevèrent en exhalaison, frappèrent l'air, le comprimèrent, et, cet élément ayant acquis par cette impression la nature du vent, il environna les astres, les entraîna dans sa marche, et produisit cette révolution des corps célestes qui dure encore aujourd'hui (1) n

Les atomes inférieurs formèrent la terre, les autres le feu, l'air et le ciel. La matière, condensée par la pression des vents et des astres, produisit la substance humide. Elle occupa les lieux bas de la terre.

Les Stoïciens, Empédocle et Platon croient à l'unité du monde borné à la terre. Métrodore dit « qu'il est aussi absurde de supposer un seul monde dans un espace infini, que de vouloir qu'il n'y ait qu'un seul épi dans un vaste champ; que la preuve qu'il existe

(I) Plutarque, Opinion des philosophes, I, 4.

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des mondes à l'infini, c'est qu'il y a une infinité de causes (1). »

La philosophie allait ainsi plus loin que la religion. Elle ne reculait pas devant la difficulté, et les questions qu'elle se posait sont les preuves du besoin infini qu'elle avait de savoir.

(( Pythagore est le premier qui ait donné à l'univers le nom de monde, à cause de l'ordre qui y règne (2). » Et après lui, on a recherché la figure du monde; on s'est demandé s'il est animé, s'il est incorruptible, quel est l'aliment qui le maintient dans sa force, l'élément qui l'a formé, comment il est disposé, quelles sont la substance, la figure, la situation des astres, d'où vient leur mouvement et d'où ils tirent leur clarté.

On a étudié le soleil, la lune, la voie lactée, les comètes. On a essayé de se rendre compte de tous les phénomènes de l'air, de la terre, des eaux, et d'expliquer les faits qui se passent en nous et hors de nous.

Ces préoccupations ont fait dire que la religion des philosophes était physique. Il est certain qu'ils donnaient une large place à tout ce qui se rapporte au monde. C'était la voie qui devait les mener plus loin et plus haut. Quelques-uns ne l'ont point soupçonnée; d'autres s'y sont présentés, mais en s'arrêtant bientôt devant des obstacles qu'ils jugeaient infranchissables; d'autres enfin, voyant dans cet ensemble harmonieux qui nous environne une grande œuvre, ont essayé

(1) Plutabque, Opinion des philosophes, I, o.

(2) Plutarque, Opinion des philosophes, II, 1. K6<7ji.oç, ordre, arrangement.

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