CHAPITRE II
commode pour les navigateurs, et offrait trois ports au lieu d'un seul, qui était à Phalère, y fit les constructions nécessaires pour le rendre praticable, et les loges destinées à recevoir les vaisseaux, y étaient encore de mon temps. »
Athènes avait trois ports : le Pirée, Phalère, Munychium, et le Pirée trois stations : Cantharos, Zéa, Aphrodisios. Les trois parties du Pirée pouvaient contenir quatre cents galères, Phalère et Munychium cinquante. La nature avait tout fait, et l'art n'eut ni à l'aider ni à la suppléer. Il se contenta de les défendre contre les entreprises des hommes.
Le Pirée faisait partie de la tribu Hippothoontide. Il était à quarante stades de la ville. De ses trois bassins, Cantharos tirait son nom d'un héros, Aphrodisios de la déesse à qui ses rivages étaient consacrés, et en l'honneur de qui s'élevaient deux temples, Zéa du froment que les innombrables vaisseaux chargés de l'approvisionnement de l'Attique y apportaient tous les jours.
Les murs qui joignaient Athènes au Pirée et qui allaient en s'élargissant vers la mer, étaient appelés les longues jambes (1). Ils avaient cinq milles de long. La périphérie d'Athènes était ainsi, au rapport de Dion Ghrysostôme (2), de deux cents stades ou de trente-six kilomètres, quatre-vingt dix-neuf mètres.
Thucydide a signalé les dangers de cet éloignement de la mer. « Quant à ceux qui habitent le continent, dit-il, loin du rivage de la mer, ils doivent savoir qu'ils auront plus de peine à exporter les fruits de
(1) Plutarque, Cimon. — Properce, élégies^ III.
(2) Oratio, VI.
60 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
leur territoire, et à se procurer en échange, les choses que la mer donne au continent (1). »
Cette difficulté fut un aiguillon pour l'esprit ingénieux d'Athènes, et, loin d'en souffrir, elle y trouva des avantages. L'activité du commerce, comme celle de la marine militaire se concentra dans ses ports; et la ville, avec ses monuments religieux et patriotiques, conserva un caractère de noble splendeur auquel n'atteignit aucune autre cité.
« Dans les temps antérieurs à la guerre du Péloponèse, dit Thucydide (2), la ville ne consistait que dans ce qui fait aujourd'hui la citadelle, et tout au plus dans les bâtiments qui en sont les plus voisins, du côté du midi. » Elle venait alors d'être rebâtie, et si les maisons particulières s'y élevèrent en grand nombre et moins modestes qu'auparavant, elle ne fut jamais remarquable que par ses monuments publics. Thémistocle, Cimon et Périclès l'agrandirent. Elle eut alors dix mille maisons et de cent à cent cinquante mille habitants. En 400, après une guerre de vingtsept ans, la perte de l'hégémonie et les sanglantes exécutions des Trente, le nombre des habitants se serait élevé à cent quatre-vingt mille.
Les maisons des particuliers étaient petites, basses, disséminées sur la colline au-dessus de laquelle s'élevait l'Acropole, où se pressaient dans leur merveilleuse magnificence et leur beauté artistique les temples élevés par Cimon avec le produit de la guerre en Asie, par Périclès avec le trésor de la Grèce. Démosthène faisant le procès à son temps disait :