‹ Les institutions d'AthènesChapitre 37 sur 335 · CHAPITRE II Gl · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Gl

(( Aucune maison particulière ne s'élevait au-dessus de la maison du peuple, et il y en a une preuve : Voyez la maison de Thémistocle, celle de Miltiade et des hommes illustres de ce temps-là, si quelqu'un d'entre vous sait où elle est et y aperçoit rien qui la distingue des demeures de la foule. Quant à la ville, au contraire, voyez les édifices et tous les travaux faits pour elle. Telle en est la grandeur et la beauté, que les générations à venir ne peuvent plus aller au delà(l).))

Et il accusait ses compatriotes de ne songer qu'à eux-mêmes et de négliger la ville.

Ce qui fit surtout la fortune d'Athènes, c'est la foi en elle-même. Les poètes entretenaient ce sentiment qui inspire le courage, et relève après les plus lamentables abaissements.

Sophocle fait dire par Œdipe à Thésée (2) : « Ne révèle jamais à personne le lieu qui cache mon tombeau, car sa protection te donnera plus de force que de nombreux soldats, que des alliés en armes.... Garde ce secret dans ta mémoire, et, quand viendra ta dernière heure, ne le découvre qu'à celui qui devra te succéder, pour qu'il le transmette ainsi à ses successeurs. C'est à cette condition qu'Athènes ne tombera jamais sous les coups des fils de Cadmos. »

Et, dans la même tragédie, le poète pose une autre condition morale qui devait être bien chère à l'orgueil des Athéniens. Créon veut enlever Antigone et Ismène. Thésée lui dit : « Tu viens dans une ville qui pratique la justice et ne fait rien sans la loi (3).»

(1) Contra Aristocrate, 209.

(2) Œdipe à Colone, vers 1522.

(3) Œdipe à Colone^ vers 912.

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Les tyrans eux-mêmes avaient essayé d'entretenir cet esprit. Hipparque , fils de Pisistrate, avait, dit-on, élevé le premier les Hermès comme gardiens de la sécurité et de la moralité publiques. Il les avait ornés d'inscriptions donnant aux habitants et aux étrangers des conseils de sagesse et de vertu. L'un d'eux présentait cette haute leçon : « Prenez toujours la justice pour guide. »

Malgré les démentis de l'histoire, les Athéniens n'abandonnèrent jamais la prétention d'avoir conformé, en public, comme en particulier, leur conduite à cette espèce d'engagement pris en leur nom par leur premier roi.

La situation d'Athènes était une des conditions de sa grandeur. « Placez Rome sur un autre point de l'Italie, dit Gicéron (1), et sa domination devient à peu près inexplicable. »

On peut en dire autant d'Athènes. Tournée vers l'occident, elle semble vouloir lui apporter tous les bienfaits de l'orient.

Éloignée du mouvement des peuples, elle reste maîtresse d'elle-même et de son génie. Ses rapides vaisseaux peuvent la porter partout, et son active curiosité ne lui permet de rester étrangère à rien. Dans son enceinte, autour d'elle, dans la Grèce, tout concourt à sa fortune, et si les circonstances favorables se multiplient, elle n'en néglige aucune. On peut dire d'elle avec infiniment plus de raison, ce que Gurtius a dit d^une manière générale (2) : « Le privilège spécial de la Grèce consiste dans la juste mesure de ses avantages naturels. »

(1) De republicâ, II, 5. (2) Histoire grecque, l, p. 17.

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