CHAPITRE II
Les villes deviennent puissantes et les hommes dominent leur époque, quand ils ne perdent rien de ce qui vient à leur portée.
Pour connaître Athènes, il faut un guide. Nous nous confions à Pausanias, qui a visité la Grèce 174 ans après Jésus-Christ. Nous savons qu'il est curieux et sincère, et, rassurés du côté de son imagination , nous n'avons pas à craindre qu'elle lui exagère la grandeur ou la beauté des monuments qu'il nomme ou qu'il décrit (1).
Athènes n'était plus alors ce que le grand siècle l'avait faite, mais malgré sa décadence et le rigoureux traitement de Sylla, elle conservait son antique et glorieuse couronne de monuments élevés par la piété ou le patriotisme des citoyens et le génie des artistes. Les empereurs avaient même tenu à s'associer à sa gloire, et Hadrien se fit l'émule de Périclès en relevant plusieurs monuments, en achevant le temple de Zeus-Olympien, en essayant de faire revivre le grand siècle, et en montrant à Athènes une sollicitude qu'elle n'avait plus pour elle-même.
Aussi, le visiteur ne distingue-t-il pas entre les époques. Ce n'est pas la ville grecque qu'il ressuscite, c'est la ville égyptienne, la ville romaine, telle que l'ont faite les années, les dominations, les guerres, les restaurations. La distinction n'est pas toujours facile à faire pour nous, car les temples, les statues, les monuments se sont rapprochés, et pour
(1) De nos jours les visiteurs n'ont pas plus manqué que les travaux. Les travaux sont précieux à des points de vue divers, mais à part ceux qui sont consacrés à des ruines — par exemple V Acropole de M. Beulé, — les autres ne peuvent guère nous servir pour reconstituer la ville antique qui était en dehors de l'enceinte actuelle.
6i INSTITUTIONS d'aTHÈNES
ainsi dire confondus , par suite de cette tendance naturelle aux hommes de se rattacher au passé.
Il y a heureusement des œuvres qui semblent braver le temps, qui peuvent être atteintes, mais non renversées, et devant lesquelles l'audace des reconstructeurs s'arrête impuissante. Elles étaient debout alors dans leur élégante majesté. Nous n'en avons aujourd'hui que d'imposantes ruines.
L'intérieur d'Athènes.
1. Après avoir énuméré les monuments du Pirée, Pausanias entre à Athènes. Il passe devant le tombeau de l'amazone Antiope. « En montant du Pirée à la ville, on découvre les ruines des murs que Conon fit bâtir après le combat de Cnide (394), car ceux que Thémistocle avait construits après la retraite des Mèdes, furent démolis pendant la tyrannie des Trente (404) (1). »
Sur cette route, sont les tombeaux du poète comique Ménandre (2) et du poète tragique Euripide (3). A peu de distance des portes, on voit un guerrier debout près de son cheval; c'est un ouvrage de Praxitèle, le maître de la grâce et de la beauté dans la vérité (4).
(1) Pausanus, Attîque, IL
(2) De 342 à 290. Oq l'a appelé le prince de la nouvelle comédie.
(3) De 480 à 402. Il ne nous reste que dix-huit de ses nombreuses tragédies et des fragments.
(4) Né vers 360 avant J.-C, mort vers 280.