CHAPITRE ir
Ce serait se tromper sur le compte d'Athènes que de ne pas faire très large le rôle de l'utilité dans sa politique. Et quel est le peuple dont on ne puisse en dire autant? Ce qui fait la différence, c'est que tous ne discernent pas exactement ce qui distingue l'utile de l'honnête, et que lorsqu'ils reconnaissent la différence, les uns sacrifient le devoir à Tintérêt et les autres ont le courage de ne rien mettre au-dessus de la justice et de la vérité, quoi qu'ils en doivent souffrir.
Pyrrhus, roi d'Épire, a aussi une statue. A cette époque, Athènes les prodiguait, et elles perdaient en honneur ce qu'elles gagnaient en quantité.
L'Odéon renferme plusieurs statues, parmi lesquelles un Dionysos « qui mérite d'être vu (i). » C'est l'expression la plus vive de l'admiration de Pausanias. Près de là, est la fontaine Ennéacrounos (2), la seule qui existe à Athènes. Elle a été décorée par Pisistrate, et les Athéniens ont pour elle un respect sacré. Au-dessus, s'élèvent deux temples, dédiés, l'un àDémèter et à Perséphoné, l'autre à Triptolème. Pausanias ne dit pas sur ces temples tout ce qu'il en savait. Retenu par une terreur superstitieuse, il se contente de raconter « ce qu'il est permis de dire à tout le monde (3). » Le culte de Déméter avait toujours été mystérieux, et l'introduction des rites orientaux enveloppés de symboles souvent effrayants, ne contribua pas peu à faire redoubler les précautions anciennes.
(1) Attique, XII.
(2) Aux neuf canaux.
(3) Attique, XIV.
On voit dans ce temple un bœuf de bronze conduit au sacrifice, et une statue d'Épiménide de Gnosse, qui sut inspirer aux Athéniens des sentiments religieux et les préparer à la réforme de Solon.
Un peu plus loin, est le temple d'Eucléia (1), élevé à la gloire d'Athènes avec les dépouilles des Mèdes vaincus à Marathon.
Le temple d'Héphaistos est au-dessus du Céramique et du portique royal. Auprès, est la statue d'Athéna « aux yeux bleus. » On trouve ensuite le temple d'Aphrodite-Uranie, dont la statue en marbre de Paros est de Phidias.
(( En allant au Pœcile, portique ainsi nommé à cause des peintures dont il est orné, on trouve un Hermès-Agoréos, et une porte surmontée d'un trophée en l'honneur de la victoire que la cavalerie athénienne remporta sur celle de Gassandre, commandée par son frère Plistarque (2). »
Dans le portique même, un tableau représente les Athéniens rangés en bataille contre les Lacédémoniens à OËnoé en Argolide. Le mur du milieu offre aux regards avides des Athéniens le combat de Thésée et de ses vaillants soldats contre les Amazones, les Grecs devant Troie, et la bataille de Marathon.
Le nom de Marathon n'inspire à l'exact visiteur aucune réflexion. Ni ce grand souvenir, ni la beauté des peintures consacrées à le conserver et à le faire revivre, ne peuvent parvenir à l'élever au-dessus d'une simple constatation.
(1) La bonne renommée.
(2) Attique, XV.