CHAPITRE II
Cornélius Népos en décrivant d'une manière plus détaillée ces peintures, s'attache à mettre en relief le caractère des Athéniens. « Il ne paraît pas inutile, dit-il (1), de faire connaître quelle récompense fut accordée à Miltiade, afm qu'il soit plus facile de comprendre que toutes les cités se ressemblent. Chez nous, autrefois, les honneurs furent rares et de peu de valeur, et par cela même glorieux. Il en fut de même à Athènes, car à ce Miltiade qui avait délivré la ville et toute la Grèce, on accorda uniquement cet honneur dans le portique appelé Pœcile. Il était le premier parmi les dix généraux, exhortait les soldats et commençait la lutte. Ce même peuple, lorsqu'il eut étendu sa puissance, corrompu par les largesses des magistrats, décréta trois cents statues à Démétrius de Phalère. »
Sous le portique sont fixés les boucliers d'airain pris aux Scionéens, et ceux des Lacédémoniens de Sphactérie. Les Spartiates avaient été pourtant maîtres d'Athènes, après ce désastre qui pesa si douloureusement sur eux. Pourquoi ne firent-ils pas disparaître ce trophée qui rappelait de si cruels souvenirs? Est-ce par respect pour ce lieu qui, sans être consacré, se trouvait, par sa position à l'entrée de l'Acropole, sous la protection des dieux? Ne serait-ce pas plutôt par un sentiment d'orgueil? Ne pouvant effacer l'histoire, ils considéraient comme indigne d'eux d'en faire disparaître, par violence ou d'une manière détournée, les souvenirs. César, qui avait perdu son épée dans un combat contre les Gaulois, la vit suspendue dans un temple. Malgré les sollici-
(2) Miltiade, VI.
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talions de ses amis, il ne voiilat pas la reprendre, la regardant comme une chose sacrée (1).
Au devant du portique est la statue de Solon que les Athéniens ont appelé leur législateur, même quand ils ont violé ou méconnu ses lois.
« Il y a dans la place publique d'Athènes plusieurs monuments peu remarqués en général, et parmi eux, l'autel de la Pitié, divinité la plus utile de toutes dans les diverses vicissitudes de la vie, et que les Athéniens seuls honorent d'un culte particulier. Ils se sont distingués, en effet, non seulement par leur humanité, mais encore par leur piété envers les dieux, car ils ont élevé des autels à la Pudeur, à la Renommée, à la Valeur, et leur exemple prouve évidemment que ceux qui se signalent par leur piété, sont récompensés par une prospérité constante (2). »
On a dit, à l'éloge d'Athènes, que, seule dans l'antiquité, elle avait élevé un autel à la Pitié. C'était de toutes les divinités celle dont l'empire était le moins reconnu, car il rencontrait deux obstacles : le préjugé et la passion. Athènes s'honora par ce culte. Elle se fut bien plus honorée si, ne se contentant pas d'offrir à la déesse de l'encens et des victimes, elle avait toujours suivi ses inspirations.
Le temple de Thésée est voisin du gymnase. On y a peint le combat des Athéniens contre les Amazones, et la bataille des Centaures contre les Lapithes. Le tableau peint sur le troisième mur du temple était en partie détruit du temps de Pausanias. Il représentait l'histoire de Thésée en Crète, (i) Plutabque, César, 29. (2) Attîque, XVII.
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3. « Le temple des Dioscures est ancien ; on les a représentés debout, et leurs enfants sont à cheval auprès d'eux. Polygnote a peint leur mariage avec les filles de Leucippos, et Micon les héros qui suivirent Jason en Golchide. Athènes ne voulait rester étrangère à aucune des gloires de la Grèce.
L'enceinte consacrée à Aglaure, chère à Athéna, est au-dessus du temple des Dioscures.
Près de cette enceinte, est le Prytanée, où sont écrites les lois de Selon ; on y voit les statues de la Paix, d'Hestia, et de quelques hommes célèbres, parmi lesquels sont Autolycos ie pancratiaste, Miltiade, et Thémistocle. Mais on a enlevé les inscriptions de leurs statues, pour y substituer les noms d'un Romain et d'un Thrace (1). »
Le fait que Pausanias signale avec indifférence se produisit fréquemment dès que Rome fut maîtresse de la Grèce. Les Romains ne se donnaient pas la peine, quand ils voulaient honorer un de leurs amis, de commander aux artistes grecs, toujours nombreux, de nouvelles statues. Ils se servaient de celles que l'art avait multipliées sous des inspirations diverses. Ils ornaient ainsi les places, les édifices publics, leurs maisons et leurs villas. Ils les appropriaient à leur temps, aux nouvelles illustrations, aux témoignages de leur reconnaissance pour les dépositaires du pouvoir, à tous leurs désirs d'adulation, en adaptant des têtes de convention à ces corps mutilés, ou en changeant les inscriptions. Combien de fois ce procédé regrettable ne s'est-il pas reproduit depuis le xvi'' siècle, pour une satis-
(1) Attique, XVIII.
faction archéologique, et avec le désir de ne pas laisser sans nom des œuvres antiques!
Heureusement l'histoire est plus durable que le bronze ou le marbre. Elle a consacré le souvenir de certains hommes et enseveli celui des autres dans un oubli mérité. La flatterie dure moins que la justice. Il est vrai que son œuvre détruite pour un siècle se refait invariablement au siècle suivant, et que l'homme ne se décourage pas plus d'outrager la vérité que la vertu.
Il faut remarquer dans un même temple, le rapprochement d'un pancratiaste et des deux héros qui ont rendu à leur patrie de si éclatants services et dont le nom est immortel. Ce qui l'explique, c'est l'importance attachée par les Athéniens, comme par toutes les autres cités de la Grèce, aux exercices du corps.
Au bas de la ville est une place où Thésée et Pirithous se concertèrent pour leur expédition contre Lacédémone et les Thesprotes. Ilithye a un temple non loin de là. Cette fille de Héré, dont les fonctions sont si délicates et la protection si utile aux nouveau-nés , était l'objet d'un cuite spécial. « Les Athéniens sont les seuls chez qui les statues d'Ilithye, faites en bois , sont couvertes jusqu'aux pieds (1). » La forme, les emblèmes, 'les attributs et les vêtements des dieux et des déesses étaient déterminés par une tradition à laquelle on devait se soumettre sous peine d'impiété. Mais chaque cité tenait à montrer son indépendance par quelque infraction à la loi générale. Le dieu qu'elle traitait
(1) Attique, XVIII.