‹ Les institutions d'AthènesChapitre 55 sur 335 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

malgré son abaissement politique et sa soumission à une puissance étrangère, Athènes ne perdit ni l'indépendance de sa pensée, ni l'originalité de ses oeuvres.

A quelque époque que s'arrête l'attention, il est impossible de ne pas se rappeler ces réflexions de Plutarque : « Ces édifices étaient d'une beauté et d'une élégance inimitables. Tous les artistes s'étaient efforcés à l'envi de surpasser la magnificence du dessin, par la perfection du travail. Mais ce qui surprenait davantage, c'était la promptitude avec laquelle ils avaient été construits ; il n'y en avait pas un seul qui ne semblât avoir exigé plusieurs âges et plusieurs successions d'hommes, pour être conduit à sa fin; et cependant ils furent tous achevés pendant le court espace de l'administration d'un homme (1). »

Ce qu'avait fait le siècle de Périclès, les autres aspirèrent à l'honneur de le continuer.

Des temples consacrés aux dieux s'élevèrent dans tous les quartiers. Un môme dieu eut plusieurs sanctuaires sous des noms différents. A l'exception d'Héré, qui est peut-être honorée sous le nom d'Ilithye, toutes les autres divinités de l'Olympe, celles de la mer, celles de la terre, celles des enfers, sont l'objet d'un culte public. Athènes ne se trouvait jamais suffiisamment protégée par ces puissances de qui dépendent le bonheur, la prospérité, et la durée des villes.

Les statues des dieux, des demi-dieux, des héros, des hommes supérieurs dans la politique, la guerre, les lettres et les arts remplissent les abords des tem-

(1) Plutarque, Périclès, XX.

pies et des édifices publics , les places , les carrefours, les rues.

On les multiplie sous les inspirations de la piété et du patriotisme. Aphrodite avait deux cent quarante trois surnoms; pourquoi ne lui aurait-on pas donné des attributs différents? Athéna était la protectrice de la ville à laquelle elle avait donné son nom ; pourquoi les arts n'auraient-ils pas épuisé leurs ressources à reproduire, sans jamais manquer au type consacré, celle dont la vigilante sollicitude s'étendait sur le territoire et sauvegardait chacun de ses citoyens? Tout devenait dieu pour la crainte et pour l'espérance; pourquoi les êtres moraux la pitié, la pudeur, la paix, n'auraient-ils pas reçu un corps, des attributs, un visage?

Les héros flattaient l'orgueil et donnaient d'utiles exemples ; pourquoi ne les aurait-on pas représentés seuls ou dans les actions pour lesquelles ils étaient chers à tout Athénien ! Des hommes avaient mis leur génie, leurs intérêts, leur corps, leur vie au service d'une patrie aimée; pourquoi n'aurait-on pas conservé leurs tombeaux, et transmis d'une manière visible le souvenir des circonstances dans lesquelles ils s'étaient illustrés?

La mémoire de l'artiste se rattachait étroitement à celle du dieu dont il avait élevé le temple, du héros dont il avait sculpté la statue, du guerrier dont il avait conçu le monument, ou des scènes que son pinceau fidèle avait fixées sur les murs ou sur le bois.

Le soin avec lequel Pausanias indique pour les principales statues et les tableaux les plus célèbres le nom des sculpteurs et des peintres, prouve que

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