CHAPITRE II
La France, l'Angleterre, la Bavière, l'Allemagne, l'Italie se sont enrichies des dépouilles d'Athènes. Leurs musées renferment les originaux ou d'habiles imitations des statues et des bas-reliefs qui ornaient la patrie dePériclès. Tout cela, sans doute, a perdu considérablement de sa valeur, par l'éloignement de ce qui s'associait à la pensée de l'auteur, en donnant au chef-d'œuvre un cadre digne de lui, et surtout par l'absence de cette lumière qui ajoutait à la beauté; mais qui pourrait rester insensible à une grâce si noble, à une simplicité si pure? Les Grecs avaient le sentiment du beau, et la sévérité des juges obligeait les artistes à ne s'arrêter que lorsque la main était absolument impuissante à reproduire le type idéal que l'esprit avait conçu.
Jamais la nature n'a été plus fidèlement imitée, et jamais les traits épais de la beauté n'ont été plus harmonieusement combinés pour relever le réel par la perfection imaginée.
Les statues et les bas-reliefs d'Athènes ne figurent pas seuls dans les musées étrangers. Des parties considérables de ses monuments ont été transportées au loin, et l'admiration a provoqué des dégradations à jamais regrettables.
Le Parthénon avait traversé sans y rien laisser de son intégrité les plus redoutables épreuves. Consacré au culte chrétien , il resta sans être altéré en rien, tel que l'avaient conçu et exécuté Ictinos, Gallicratès et Phidias.
L'opisthodome et le cella avaient vu disparaître le mur qui les séparait, et rien ne pouvait assurer la conservation de ce chef-d'œuvre plus sûrement que
la célébration du culte chrétien. L'explosion de 1687 obligea les fidèles à se transporter ailleurs. L'incurie des Turcs, bienfaisante cette fois, abandonna le monument à lui-même , et comme grâce au soin qui avait présidé à tous les détails de sa construction , les intempéries de l'air n'avaient point de prise sur lui, il nous serait parvenu avec une partie de ses admirables frontons mutilés , mais ses principaux ornements auraient continué à occuper la place que le génie des architectes et des sculpteurs leur avait donnée. .
De 1799 à 1807, lord Elgin , envoyé de l'Angleterre, ne quitta pas la ville d'Athènes. Ami passionné des arts , il recueillit tout ce qu'il put arracher au sol, puis, comme l'avidité s'accroît à mesure qu'on pourrait la croire satisfaite, il s'attacha aux monuments et n'hésita pas à les dépouiller pour s'enrichir.
Il revint en Angleterre chargé de ces trésors du passé. Il en aurait joui égoïstement , si Byron , passionné lui aussi pour la Grèce, n'avait flétri cette avidité barbare, à laquelle nous devons peut-être la conservation de ces magnifiques débris. Lord Elgin échappa à la poésie vengeresse en déposant au British Muséum, dans l'Elgin.Saloon tout ce qu'il avait emporté de la Grèce.
La malédiction d'Athéna (1) n'en existe pas moins comme preuve de l'ardent dévouement du poète à la Grèce. Il suppose que la déesse se plaint en ces termes : « Ici, bravant la guerre et l'incendie , j'avais vu expirer les efforts de plusieurs tyrannies successives ; j'avais échappé aux ravages du Musulman et
(1) Tel est le titre de là poésie de Byron.