CHAPITRE III U
Des étrangers remplacèrent ou augmentèrent la population primitive. A des époques très différentes, mais très éloignées, des Dardaniens, des Minyens de Béotie, des Thraces, des Cariens et des Lélèges y seraient venus successivement, et auraient été suivis de Cretois, d'Ioniens et de Lyciens.
Ce qui caractérise ces établissements, c'est qu'ils sont formés par un petit nombre d'immigrants. Les différents points de la côte deviennent ainsi la possession exclusive et limitée de quelques étrangers, maîtres des havres et des promontoires, et qui se répandent à l'intérieur, à la suite de leur augmentation, des progrès de la culture et des échanges.
On trouve une double preuve de cette division primitive dans la différence des divinités honorées par chaque agglomération et dans l'interdiction des mariages entre ces habitants de diverse origine.
L'isolement ne vaut rien pour l'homme, ni pour les sociétés qui résultent de la première expansion de la famille.
L'union ne tarda pas à devenir nécessaire pour la garantie des intérêts particuliers et la conservation de la paix générale. Des contestations s'élevèrent entre dèmes voisins : à qui en confier le jugement? Des guerres devinrent inévitables : à qui demander la fin ou la préservation des maux qu'elles entraînent?
La réunion des familles avait fait le dème et établi une communauté avantageuse à tous. La réunion des dèmes devait faire une cité, consacrer les droits particuliers et garantir l'existence pour laquelle combattent les hommes et les peuples. Il fallait un
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chef et un centre. Le chef fut Gécrops, le centre fut Athènes.
Platon (l) dit que le patriarchat fut la première forme de gouvernement, et qu'on en voyait encore de son temps des vestiges chez les Grecs (2) et chez les Barbares. Il devait en être ainsi dans les jeunes sociétés oii le chef était le père, et dans un pays que la nature avait condamné à n'avoir point d'unité territoriale.
La Grèce était alors partagée en un grand nombre d'États. Le catalogue des vaisseaux (3) fournit à cet égard des indications précieuses. Le nombre des rois est considérable, et leur puissance est bornée comme l'étendue de leur territoire et la quantité de leurs sujets.
La monarchie existait partout, et se maintint avec des alternatives jusqu'au vu® siècle. Elle fut alors renversée dans toutes les villes, excepté à Sparte, où elle avait une forme particulière : la dyarchie. Les rois tenaient le sceptre de Zeus. Ils descendaient des dieux ou des héros. Les grands, groupés autour d'eux, reconnaissaient leur autorité, sans perdre aucun droit. Ils choisissaient leurs successeurs dans la famille, mais non pas nécessairement les fils, que l'âge ou des infirmités pouvaient rendre incapables de remplir leurs devoirs.
Les rois convoquaient l'assemblée, la présidaient, administraient la justice, commandaient les armées, vivaient de leurs domaines, et exerçaient une large
(1) Lois, m.
(2) Voir Odyssée, IX.
(3) Iliade, ch.II.