CHAPITRE m
dit Thésée ; cette ville est libre, et le pouvoir souverain est entre les mains de tous les citoyens. »
Mnesthée, descendant d'Erechthée, et qui revendiquait le pouvoir auquel lui donnait droit sa naissance, avait provoqué le renversement de Thésée, en soulevant contre lui l'aristocratie à laquelle il avait enlevé sa domination dans les bourgs, et le peuple qui se plaignait d'avoir reçu plus de promesses que de garanties.
Mnesthée régna, et, dans sa vieillesse que surpasse seule celle de Nestor, il conduisit devant Troie « cinquante vaisseaux peints en noir (l). »
Sous son règne, des bannis de l'Hellade et du Péloponèse auraient apporté à Athènes des cultes nouveaux. Leur établissement ne se serait pas fait, comme les précédents, d'une manière pacifique ; et, plus forts par le nombre ou par l'audace, ils auraient imposé leur domination aux habitants. C'était la conséquence de la grande invasion Éolienne.
Â. Les descendants de Thésée seraient cependant remontés sur le trône, sans pouvoir, plus que lui, dominer les factions intérieures. Furent-ils renversés par la coalition de l'aristocratie étrangère avec l'aristocratie du sol, ou tombèrent-ils sous les coups des nouveau -venus? Les Athéniens préféraient cette dernière explication, qui avait l'avantage de ne pas mettre sur le même rang les étrangers et les indigènes,
(l) Homère, Iliade, chant II. La guerre de Troie est, d'après Eratoslhène et ApoUodore, de 1193 à 1144; d'après Sosibios, elle doit être reportée douze ans plus tard. La supputation d'Eratosthèoe est péloponésienne. Les deux dates les plus généralement adoptées sont 1270 et U84.
124 INSTITUTIONS d'aTHÈNES
et de ne pas attribuer à une faute personnelle, à un acte déshonorant, la juste condamnation de la race de Thésée.
Thymœtès, roi d'Athènes, provoqué en combat singulier par un roi de Thèbes, dans une guerre entre les deux villes, se serait dérobé. Un banni, le messénien Mélanthos, qui avait reçu l'hospitalité en Attique, aurait pris la place du roi et, par le courage ou la ruse, se serait débarrassé de son ennemi.
La reconnaissance des Athéniens l'aurait fait roi.
Ses trois frères furent la tige des trois plus puissantes familles d'Athènes, les Alcméonides, les Pisistratides et les Pœonides, dont le nom reparaît dans toutes les agitations intérieures.
De nouvelles immigrations et la faveur avec laquelle Athènes les accueillit, provoquèrent un mouvement offensif d'un ennemi plus éloigné que Thèbes. Maîtres du Péloponèse, les Doriens poursuivirent jusqu'en Attique les Ioniens qu'ils avaient dépouillés. Le fils de Mélanthos, Codros, marcha contre eux. Un oracle avait promis la victoire à celui des deux peuples dont le roi périrait sous les coups de l'ennemi. Codros chercha querelle à un soldat, fut tué, et les Doriens, apprenant le motif de cette mort héroïque et redoutant des conséquences qu'ils jugeaient inévitables, prirent la fuite (lOiS).
Peut-être cette victoire attribuée au patriotisme et à la foi dans les réponses des oracles, cache-t-elle une défaite. Le changement politique qui la suivit, rendrait vraisemblable la domination momentanée d'un élément étranger.
En effet, la royauté fut abolie, les Athéniens esti-