CHAPITRE m
gouvernements particuliers furent supprimés, et les familles qui avaient exercé la suprême magistrature, ou que leurs richesses plaçaient aux premiers rangs parmi leurs concitoyens, transportées à Athènes, unirent leurs destinées à celles de l'aristocratie, objet jusqu'à ce moment de leur défiance ou de leur haine.
Les cultes des diverses villes furent conservés , Athènes ne voulant pas se priver de la protection de ces dieux particuliers, et ceux qui les apportaient tenant à se rattacher étroitement à leur nouvelle patrie. Il n'y eut plus qu'une cité dans laquelle se confondirent tous les intérêts et toutes les espérances. Au-dessous de Zeus, le grand dieu de tous les Hellènes, Athéna resta la déesse poliade, et le symbole de l'union ethnographique fut une fête solennelle pour la célébration de laquelle le peuple déploya, dans tous les temps, la magnificence qui élève l'esprit et touche le cœur, en éblouissant les yeux.
Les Panathéaées honorèrent la déesse dont le temple couronnait l'Acropole. Elles réclamaient le concours de tous, parce qu'elles étaient le gage d'une union universelle.
Gécropie était devenue Athènes, et aux Cécropides avaient succédé les Ioniens. Le pays était pacifié à l'intérieur, sans crainte contre les invasions du dehors, doté d'une capitale assez forte pour résister à toute attaque, assez populeuse pour concevoir de vastes projets, assez unifiée pour constituer un peuple.
Aussi, lorsque les invasions du nord se précipitèrent vers le midi, l'Attique, protégée par ses mon-
tagnes, mais plus encore parla valeur de ses enfants, ne fut pas submergée. Le flot passa à côté d'elle sans l'atteindre, et si elle en reçut le contre-coup, ce ne fut que pour constater la résistance dont elle était capable.
Aucun peuple, comme dans le Péloponèse, ne vint se substituer à la population formée d'éléments combinés par le temps, le culte, l'esprit et les intérêts. Aucun ne tenta de l'opprimer. Elle continua au contraire, avec une générosité qui ne lui fut jamais funeste, le travail d'assimilation qui remonte à Gécrops. Les groupes qui vinrent lui demander asile ne furent jamais ni assez nombreux, ni assez hardis pour lui inspirer quelque crainte. Ils étaient composés de bannis ou de victimes des discordes civiles, qui se produisent à l'origine des sociétés, comme aux époques de leur maturité et de leur décadence, et qui montrent que, dans tous les siècles et sous toutes les latitudes, l'homme n'a pas de plus redoutable ennemi que lui-même.
0. Muller (1) et E. Curtius (!2) citent parmi eux des Géphyréens, des Minyens et des Tyrrhéniens de Béotie, des Ioniens, des Trézéniens, des iEacides d'Égine, et des Messéniens.
En accomplissant ainsi, à l'égard des peuples, les devoirs de l'hospitalité, les Athéniens montraient de bonne heure cette ouverture de cœur qui fut de tout temps pour eux un glorieux privilège. Ils en recueillirent les fruits, car ils y trouvèrent le nombre qui est une force, et cette vigoureuse souplesse du
(1) Orchomenos .
(2) De portubus Athenarum.