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CHAPITRE III

Et cependant, Athènes conserva une grande idée de la royauté. Non seulement elle souffrait, au temps les plus glorieux de la démocratie, qu'on louât les rois, mais elle applaudissait avec une générosité que les partis connaissent peu et pratiquent moins encore, peut-être aussi avec l'indifférence que donne le sentiment de sa force, ce que ses poètes glorifiaient en eux.

Sophocle représente (l) Œdipe devant le peuple. Il écoute le grand prêtre de Zeus, qui lui raconte les ravages de la peste dans la ville de Thèbes. « Je sais, répond-il avec une mélancolie touchante, de quel mal vous souffrez tous ; mais si souffrants que vous soyez, nul ne l'est autant que moi. Chacun n'a que ses peines, étranger à celles d'autrui. Et moi, c'est sur cette ville, sur moi, sur vous, que je souffre. >>

Le changement avait été fait au profit de l'aristocratie. Le peuple devait en porter la peine. « La royauté, qui est la première et la plus parfaite des diverses espèces de gouvernement, entraîne bien des inquiétudes, des travaux et des soins (2), » pour ceux qui en remplissent les devoirs, mais elle tourne au profit du peuple pour qui elle est instituée.

Ce fait n'est pas particulier à Athènes. Il est facile de le constater dans toutes les villes qui, presque à la même époque, au vu® siècle, passèrent de la monarchie féodale à l'aristocratie, à Toligarchie ou à la démocratie, formes régulières de gouvernement, que la tyrannie et la démagogie renversèrent fréquemment pour une durée plus ou moins longue. Chacun

(1) Œdipe-roi.

(2) Plutarque, Si un vieillard peut s'occuper d'administration publique.

souffrit d'une manière particulière selon son esprit, sa situation et les circonstances ; et celles-là même qui, comme Athènes, ne faisaient qu'obéir à la puissance logique des idées, favorables à la démocratie, passèrent par de rudes épreuves.

Les intérêts du roi et ceux du peuple sont les mêmes. Les intérêts de l'aristocratie et ceux de la foule ne diffèrent pas seulement, ils sont opposés. La lutte est donc inévitable.

2. Ce qui touche de plus près le peuple, c'est la justice. La justice est l'attribut de la souveraineté. Le roi ou ceux qui l'exercent en son nom peuvent, dans les débats particuliers, comme pour les délits ou crimes publics, rester impartiaux, parce que, si le devoir le leur prescrit, l'intérêt ne les sollicite pas en sens contraire. L'aristocratie est moins indépendante. En contact de tous les instants avec le peuple, inquiète pour ses privilèges, objet de défiance et d'envie, elle ne peut que difficilement conserver sa liberté d'esprit et rester ferme sur le terrain de l'équité. Et lors même qu'elle obéirait docilement à la voix de la conscience, ceux dont elle déciderait les difficultés et trancherait les différends y croiraient-ils?

La justice rendue par l'aristocratie, maîtresse absolue de l'archontat annuel, amena une première cause de division, et cette cause fut d'autant plus grave, que les questions politiques occupaient une grande place dans la vie des Athéniens. Les accusations y étaient faciles et fréquentes. L'attitude des juges devait les restreindre ou les étendre. Que fal-

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